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Financement des ONG : l’IA redistribue les cartes d’un système sous forte pression

Dans un contexte mondial où la compétition pour les financements se durcit, les organisations de la société civile font face à un paradoxe : les besoins augmentent tandis que l’accès aux ressources devient plus complexe. L’intelligence artificielle (IA) s’impose progressivement comme un levier de transformation du secteur, capable de réduire drastiquement les délais de préparation des dossiers et de repenser la relation entre ONG et bailleurs. Par la rédaction

C’est l’un des principaux enseignements de la conférence AI FOR IMPACT organisée le 10 avril à Casablanca, en marge de GITEX Africa, par EPIK Leaders et l’École Marocaine des Sciences de l’Ingénieur (EMSI), membre de Honoris United Universities, qui a réuni experts technologiques et acteurs associatifs autour des mutations du financement de l’impact social.

Un système de financement saturé et chronophage

Le constat est partagé par l’ensemble des acteurs : accéder aux financements est devenu un processus lourd et incertain. Une ONG consacre en moyenne entre 30 et 50 heures à la rédaction d’un seul dossier de financement. Dans certains cas, les guidelines des bailleurs dépassent 340 pages, illustrant la complexité croissante des exigences administratives.

Aujourd’hui, le principal frein pour les ONG n’est plus le manque de financement, mais l’accès à ce financement

À cela s’ajoute une concurrence internationale accrue pour des ressources limitées, qui oblige les organisations à investir davantage de temps dans la recherche de financements que dans la mise en œuvre de leurs projets.

L’IA comme rupture structurelle dans l’accès aux financements

Dans ce contexte, l’IA introduit une rupture majeure. Elle permet de réduire considérablement le temps de préparation des dossiers, passant de plusieurs dizaines d’heures à quelques minutes selon les démonstrations présentées lors de la conférence.

Pour les experts réunis à Casablanca, le véritable enjeu n’est plus uniquement l’existence des financements, mais leur accessibilité.

« Aujourd’hui, le principal frein pour les ONG n’est plus le manque de financement, mais l’accès à ce financement. L’IA redistribue les cartes : celles qui s’en emparent auront un avantage décisif », a expliqué le Dr Nizar Chaari, fondateur d’EPIK Leaders.

NOVAI, un exemple d’automatisation intelligente du financement

La plateforme NOVAI, présentée lors de l’événement, illustre concrètement cette transformation. Elle combine plusieurs fonctionnalités : une base de données de financements mise à jour en continu, un système de matching intelligent évaluant l’éligibilité des ONG, un assistant IA pour générer et personnaliser les propositions, et une validation finale par des experts humains.

« Aucune idée porteuse de changement ne devrait rester sans financement en raison d’un accès limité à l’information ou à l’expertise », a souligné la fondatrice de NOVAI, mettant en avant l’objectif d’inclusion porté par la technologie.

Une transformation qui interroge aussi les modèles existants

Au-delà des gains d’efficacité, les intervenants ont insisté sur la nécessité de penser une IA responsable et inclusive.

Trois points majeurs ont émergé des discussions : le premier, l’IA augmente l’expertise humaine mais ne la remplace pas ; deuxième enseignement, les contraintes structurelles des ONG africaines (connectivité, données, diversité linguistique) doivent être intégrées dès la conception des outils ; enfin, l’équité de genre doit être un principe de base et non une correction a posteriori.

Aucune idée porteuse de changement ne devrait rester sans financement en raison d’un accès limité à l’information ou à l’expertise

Selon Fatima-Zahra Bounaffaa, fondatrice de Parcours MCE, « l’intelligence artificielle amplifie l’intention de l’utilisateur. Elle permet de gagner du temps sur les tâches répétitives et de le réinvestir dans l’impact ».

Le Maroc, laboratoire africain des usages de l’IA

Organisée en marge du GITEX Africa, la conférence confirme également le positionnement du Maroc comme hub technologique continental sur les usages de l’intelligence artificielle appliquée au développement.

L’initiative s’inscrit dans la dynamique d’EPIK Leaders, réseau panafricain lancé en 2025, qui fédère aujourd’hui plus de 50 000 membres et 550 clubs dans 15 pays africains. Une montée en puissance qui illustre l’intérêt croissant pour les modèles hybrides mêlant technologie, impact social et structuration institutionnelle.

La prochaine étape annoncée est le Africa Future Leaders Day à Dakhla, consacré aux enjeux du soft power africain.

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