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Aphrodice Mutangana : “L’Afrique doit aussi écrire son avenir en code”

Les récits africains ne se construisent plus uniquement dans les médias ou la culture. Aujourd’hui, une partie décisive de ces récits se joue dans un espace invisible mais stratégique : le code, les algorithmes et l’intelligence artificielle. Par Aphrodice Mutangana, président de la Belvance Foundation*

Quand on parle de récits africains, on pense spontanément aux médias, au cinéma ou à la culture. Pourtant, une transformation plus profonde est en cours : la narration du monde se déplace vers le numérique.

L’intelligence artificielle, les plateformes digitales et les systèmes de données influencent désormais la manière dont les réalités africaines sont perçues, interprétées et valorisées. Mais ces systèmes sont majoritairement entraînés sur des données qui ne reflètent pas pleinement nos contextes, nos langues et nos réalités sociales.

Contrôler les données, c’est aussi contrôler la perception

Plus préoccupant encore, les infrastructures technologiques qui structurent ces récits ne sont pas, dans leur majorité, conçues sur le continent. Les outils de demain sont encore largement pensés ailleurs.

Cela crée une dépendance invisible mais déterminante : celle de la narration elle-même. Car contrôler les données, c’est aussi contrôler la perception.

Investir dans la construction d’une souveraineté technologique africaine

Chez Belvance, nous faisons un choix clair : investir dans la construction d’une souveraineté technologique africaine. Cela passe par la formation de talents, dans des coding schools, mais aussi dans des environnements souvent marginalisés, comme les camps de réfugiés.

Nous soutenons également des entrepreneurs africains qui développent des solutions locales à des défis globaux. Parce que l’Afrique ne doit pas seulement consommer la technologie : elle doit la produire, l’orienter et la définir.

L’Afrique n’a pas besoin que son futur soit écrit ailleurs. Elle doit être en capacité de le coder elle-même

La souveraineté narrative du XXIe siècle ne se joue plus uniquement dans les rédactions ou les studios. Elle se joue dans les lignes de code, dans la maîtrise des données, et dans la capacité d’un continent à construire ses propres outils.

L’enjeu est donc double : technologique et politique. Il s’agit de savoir qui écrit l’Afrique, avec quels outils, et selon quelles logiques.

L’Afrique n’a pas besoin que son futur soit écrit ailleurs. Elle doit être en capacité de le coder elle-même.

Le récit africain de demain ne sera pas seulement raconté. Il sera construit, codé et maîtrisé depuis le continent.

*Aphrodice Mutangana est entrepreneur social et figure reconnue de l’écosystème technologique africain. Il a piloté pendant plusieurs années kLab, l’un des premiers hubs d’innovation du Rwanda, contribuant à structurer une nouvelle génération de développeurs et d’entrepreneurs. Durant cinq années au sein de Digital Africa, il a porté la structuration des partenariats stratégiques et la mobilisation des ressources au service de l’écosystème tech continental. Engagé de longue date dans la formation des jeunes et des populations vulnérables, il a déployé des programmes de coding schools jusque dans les camps de réfugiés. Il poursuit cet engagement à travers la Belvance Foundation, qui bâtit la prochaine génération de talents et d’entrepreneurs tech africains autour de trois piliers : une éducation technologique d’excellence (IA, ML, robotique, hardware), une éducation sans frontières, et un accompagnement entrepreneurial pouvant aller jusqu’à 300 000 USD — au service de la souveraineté numérique du continent.

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