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Géopolitique : îlot de stabilité en Afrique de l’Ouest

Face à l’instabilité qui secoue plusieurs pays de l’Afrique de l’Ouest, le Ghana se distingue par un climat politique stable, une démocratie consolidée, une économie en reprise et une diplomatie active. Cette stabilité attire investisseurs, renforce la confiance des citoyens et en fait un pivot régional incontournabl

Dans une région marquée par des transitions politiques tumultueuses, des coups d’État, des tensions sociales et des défis sécuritaires, le Ghana apparaît comme un modèle de stabilité et de gouvernance démocratique en Afrique de l’Ouest. Alors que plusieurs voisins régionaux — notamment le Burkina Faso, le Mali et la Guinée — ont connu des changements de régime récents par la force, Accra a successivement organisé des élections pacifiques et transparentes, consolidant ainsi sa réputation d’État démocratique.

La robustesse des institutions ghanéennes a permis de gérer les tensions internes sans rupture violente, même en période de crise économique

Selon les données du National Democratic Institute (NDI) et du Varieties of Democracy (V‑Dem) Institute, le Ghana se classe régulièrement parmi les démocraties les plus stables du continent, avec des transitions de pouvoir respectueuses de l’État de droit et un taux de participation électorale souvent élevé. Par exemple, les élections générales de 2024 ont été saluées par des observateurs internationaux pour leur transparence et leur organisation, malgré un contexte économique complexe au plan national.

Une démocratie solide face aux défis régionaux

Cette stabilité n’est pas le fruit du hasard : elle s’inscrit dans une histoire nationale qui remonte à l’indépendance du pays en 1957, guidée par la vision de Kwame Nkrumah, premier président du Ghana. Nkrumah avait posé les bases d’un État unifié et panafricain, promouvant l’éducation, les institutions publiques et la diplomatie régionale. 

De fait, sa stabilité politique repose aujourd’hui sur plusieurs piliers. D’abord, un système partisan structuré, avec une alternance pacifique entre les partis politiques dominants — notamment le New Patriotic Party (NPP) et le National Democratic Congress (NDC) — contribue à canaliser les aspirations sociales dans des cadres institutionnels acceptés. Le Prof. Richard Amegashie, professeur de sciences politiques à l’Université du Ghana, note dans une étude récente que « la robustesse des institutions ghanéennes a permis de gérer les tensions internes sans rupture violente, même en période de crise économique ».

Ensuite, le respect des libertés civiles et politiques, tel qu’évalué par Freedom House, place le Ghana dans la catégorie des « libertés fondamentales préservées » avec un score supérieur à plusieurs de ses voisins. Cela se traduit par une presse généralement libre, une société civile active et des avenues ouvertes pour l’expression des opinions, autant d’éléments qui contribuent à réduire l’instabilité sociale.

Un acteur diplomatique engagé

Sur la scène internationale et régionale, le Ghana s’affirme comme un acteur diplomatique engagé. Membre fondateur de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), le pays a plaidé pour une approche équilibrée des crises et une résolution pacifique des différends. Accra a également joué un rôle constructif dans les discussions autour du renforcement des mécanismes de sécurité régionale, en particulier face aux défis posés par le terrorisme transfrontalier dans le Sahel.

Dans le cadre de la promotion de l’intégration économique, le Ghana abrite le Secrétariat permanent de la Zone de libre‑échange continentale africaine (ZLECAf) à Accra depuis août 2020 — une reconnaissance de l’importance stratégique du pays pour l’harmonisation des échanges intra‑africains. Cet ancrage institutionnel renforce l’image d’un Ghana pro‑intégration, capable de soutenir et de coordonner des initiatives de coopération continentale.

La sécurité économique dépendra aussi de la capacité du pays à diversifier ses sources de croissance et à renforcer son intégration dans les chaînes de valeur régionales

Malgré ces acquis, le Ghana n’est pas immunisé contre les défis persistants. La réduction de la pauvreté, la création d’emplois pour une population jeune et dynamique, la modernisation des infrastructures et la lutte contre la corruption restent des priorités à adresser. De plus, la sécurité économique dépendra aussi de la capacité du pays à diversifier ses sources de croissance et à renforcer son intégration dans les chaînes de valeur régionales.

Paradoxalement, la stabilité relative du Ghana en Afrique de l’Ouest n’est pas seulement un fait statistique : elle représente un choix politique, économique et social clair, qui repose sur des institutions robustes, un cadre démocratique respecté et une gestion macroéconomique rigoureuse, même dans un contexte mondial difficile. Ces caractéristiques font du Ghana un îlot de stabilité dans une région en pleine transition, capable d’attirer investissements, partenaires internationaux et confiance citoyenne.

Porteur d’une résolution sur la traite des esclaves et le colonialisme

Lors du 39ᵉ Sommet de l’Union africaine à Addis-Abeba, le président ghanéen John Dramani Mahama a présenté la position du Ghana en faveur d’un appel continental unifié pour les réparations liées à la traite transatlantique des esclaves, au colonialisme et à l’apartheid. Le Ghana mènera une initiative diplomatique et juridique visant à faire adopter par l’Assemblée générale de l’ONU une résolution déclarant ces crimes comme le plus grave crime contre l’humanité. Cette démarche, inclusive et consultative, mobilise les experts, la diaspora et les organisations internationales pour renforcer la vérité historique, la justice et la réconciliation. La date symbolique du 25 mars 2026, Journée internationale de commémoration des victimes de l’esclavage, marquera le dépôt officiel de la résolution.

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