Archives

Tunisie : Un tourisme toujours en crise

Le tourisme tunisien continue de s’enfoncer dans la crise. Les résultats de la saison 2016 montrent que la tendance à la baisse s’est poursuivie, bien que le secteur représente encore jusqu’à 20% du PIB. Alors que le marché mondial est en pleine expansion, la Tunisie cherche à réinventer son modèle.  

L’année 2016 n’aura pas été celle de la reprise espérée pour le tourisme tunisien, avec 5,5 millions d’entrées (dont 1,2 million de Tunisiens résidents à l’étranger) soit une baisse de 6,8 % comparée à 2015 et de 20,1 %, comparée à 2014. Les attentats de 2015 visant des lieux touristiques, notamment au musée du Bardo, à Tunis, le 18 mars (22 morts), et l’attaque d’une plage à Sousse, le 26 juin (38 morts), avaient cassé la timide dynamique de reprise du secteur déjà affectée par les événements politiques de 2011. Les recettes touristiques avaient alors connu une baisse de 35 % en un an (de 3,6 à 2,3 milliards de dinars, soit de 1,47 milliards à 954 millions d’euros) et ont continué de s’affaisser de 9,8 % en 2016. Un désastre économique où le tourisme représente environ 7% du PIB, et près de 20 %, en incluant les prestations indirectes.

 

La moitié de visiteurs perdue en deux ans

Suite à l’attentat du musée du Bardo, dont la plupart des victimes étaient en excursion dans le cadre d’une croisière, tous les croisiéristes ont supprimé leur escale à Tunis (avec un potentiel de 500 000 entrées annuelles, certes relativement peu lucratives en raison de la brièveté du séjour). Trois navires de croisière ont néanmoins accosté à Tunis depuis le mois de septembre. Suite à l’attentat de Sousse, les tours opérateurs britanniques et belges ont retiré la destination Tunisie de leur catalogue. Le nombre de touristes venus de France, l’un des principaux marchés émetteurs avec 1,4 millions de touristes en 2010, n’a pas dépassé les 390 000 en 2016. La Tunisie a, pour résumer, perdu la moitié de ses visiteurs européens en deux ans (1,4 millions au total).

 

Seul le marché russe a connu une augmentation exceptionnelle avec 623 000 entrées, soit une croissance de plus de 1000 %, due pour l’essentiel à la réorientation des séjours prévus en Turquie vers la Tunisie, en raison de la brouille diplomatique entre Moscou et Ankara, désormais réconciliés. Seuls les Algériens, avec 1,8 millions d’entrées, sont plus nombreux chaque année à franchir la frontière, contribuant à amortir le choc, même s’ils résident moins dans les hôtels.

 

Un modèle touristique dépassé

Mais si cette succession de chocs conjoncturels affecte autant le tourisme tunisien, c’est qu’il souffre avant tout d’une crise structurelle. Essentiellement fondé sur une offre balnéaire, miné par la corruption, il a tardé à s’adapter à la demande de diversification de l’offre. Des investisseurs protégés par le pouvoir à l’époque du président déchu en 2011, Zine el Abeddine Ben Ali, ont bénéficié de subventions et de prêts jamais remboursés, pour bâtir des établissements gérés de manière peu professionnelle, dégradant la qualité du service et l’image de toute la destination.

 

Obligés de casser les prix pour compenser la perte de compétitivité et répondre aux exigences des tours opérateurs, seul moyen d’accès à la Tunisie pour clients étrangers, les entreprises hôtelières ont été entraînées dans un cercle vicieux. Les banques publiques (notamment la STB), les organismes sociaux et les compagnies nationales d’énergie, accumulant des créances non recouvrables, en ont été les victimes collatérales.

 

Des perspectives fragiles

Chedly Ayari, gouverneur de la Banque centrale, déclarait même en juin 2016, « Nous avons de fortes craintes de voir le marché s’effondrer totalement. »

 

Toutefois, tempère Selma Elloumi Rekik, Ministre du tourisme : « Le marché mondial est en pleine expansion. Il n’y aucune raison que nous n’en percevions pas les effets. La numérisation de l’offre hôtelière permettrait par exemple aux voyageurs de procéder eux-mêmes à leur réservation et à la Tunisie de ne plus être l’otage du quasi-monopole des tours opérateurs. Nous avons une nouvelle législation pour faciliter la création des gîtes ruraux, et nous sommes par exemple en train de relancer le travail archéologique sur les sites romains… »


 

Auteur : Thierry Brésillon // Photo : Plage de l’hôtel Imperial Marhaba, à Sousse el Kantaoui, au lendemain de l’attaque qui avait fait 39 victimes, le 26 juin 2015 – © Thierry Brésillon

Articles similaires

Bouton retour en haut de la page