Tourisme : le sport, des enjeux socio-économiques à explorer
Coupe d’Afrique des nations, Basket ligues ou autres compétitions internationales. Le sport et les grands évènements sportifs ont la côte sur le continent et attirent un flux de touristes de plus en plus important.

Basket-ball African League (BAL) et Afrobasket, le Rwanda a accueilli depuis 2021 les plus grandes compétitions dédiées à la discipline sur le continent. Et alors que le pays des Milles collines s’apprête à accueillir les mondiaux de cyclisme en 2025. Une première sur le continent, Kigali tisse sa toile dans la très prisée niche des destinations du tourisme sportif sur le continent. Le tourisme sportif est et a été au cours de la dernière décennie, l’un des secteurs les plus en croissance du tourisme à travers le monde. Les activités associées à de tels événements créent d’énormes opportunités pour l’activité touristique et les industries connexes. Un bon exemple en Afrique est la Coupe du Monde 1995 et la Coupe du Monde de la FIFA 2010 en Afrique du Sud. En attendant la prochaine coupe du monde en Afrique, en Egypte si le pays remporte la compétition, c’est la Côte d’Ivoire qui se prépare à accueillir la prochaine Coupe d’Afrique des nations.
Un enjeux économique de taille qu’un certain nombre de pays du continent cible. Parmi lesquels le Rwanda. Lequel, en ces temps de crise et d’activité économique atone, le Rwanda mise plus que jamais sur le sport pour trouver de nouveaux gisements de croissance, et ce en attirant notamment des manifestations sportives à dimension panafricaine et internationale. Un pari déjà partiellement réussi : le pays est parvenu à remplir les hôtels de sa capitale pendant plusieurs semaines tout autant que son nouveau complexe sportif du Kigali Arena.
Nourrir et promouvoir le développement du sport en vue d’intégrer ce secteur dans le plan plus large du développement national
Des résultats encourageants qui sont d’abord le fruit d’une stratégie chère au président Paul Kagamé qui vise à « nourrir et promouvoir le développement du sport en vue de l’intégrer dans le plan plus large du développement national », explique Clare Akamanzi, directrice du Rwanda Development Board (RDB), l’agence nationale de promotion des investissements. « Le secteur du sport, qui représente plusieurs milliards d’euros à l’échelle mondiale, offre un énorme potentiel économique aux investisseurs et à notre population qui en bénéficiera directement ou indirectement », rappelle la dirigeante du RDB. Elle justifie ainsi « la décision stratégique » du gouvernement rwandais d’investir dans les infrastructures sportives afin de renforcer son ambition de devenir une destination pour les événements sportifs sur le continent.
Des investissements qui, outre le complexe Kigali Arena, incluent « le club de golf de Kigali […] mais aussi le stade de cricket et la modernisation imminente des stades existants », précise Clare Akamanzi, non sans inviter « le secteur privé local à saisir cette opportunité et à investir dans ce secteur au fort potentiel économique, et à fort impact dans tous les secteurs (hébergement, accueil, transport, logistique) ». Dans ces conditions, le Rwanda devrait continuer à utiliser le sport pour promouvoir ses priorités nationales, telles que la campagne Visit Rwanda avec le PSG et Arsenal, un partenariat de sponsoring initié en 2018 pour plus de 42 millions de dollars, et qui a été récemment renouvelé. Signe de la rentabilité de l’investissement.
Maroc, Côte d’Ivoire, Sénégal … Le sport un axe de développement majeur
Football, basket mais aussi cyclisme (le Rwanda doit accueillir les championnats du monde de cyclisme sur route en 2025)…. On l’aura compris, le pays des Mille Collines mise sur tous les tableaux pour gagner son pari du sport-business. Mais cette politique assumée consistant à maximiser les retombées économiques liées au sport, va bien au-delà de l’exemple rwandais, comme le montrent les cas du Maroc, de la Côte d’Ivoire et du Sénégal. Ces pays qui ont accueilli et accueilleront respectivement la Coupe d’Afrique des Nations féminines en 2022, la Coupe d’Afrique des Nations en 2023 et les Jeux Olympique de la Jeunesse en 2026, font également du sport un axe de développement majeur. Le potentiel de croissance est, il est vrai, énorme puisque Amadou Gallo Fall, promoteur de la Basketball Africa League rappelle qu’en Afrique, la part de l’industrie du sport ne serait que « d’à peine 0,5 % du PIB, […] et ce, malgré la grande popularité de disciplines qui ne cessent de se diversifier ».
Les bailleurs de fonds investissent la filière
Pas étonnant dès lors que les bailleurs de fonds investissent aussi la filière sport pour accompagner l’émergence du continent. L’Agence française de développement (AFD) a ainsi placé le sport au cœur de ses priorités et s’est, à ce titre, engagée aux côtés de la Fédération internationale de football (FIFA) et de la NBA pour faire du football et du basket des vecteurs de développement et de changement social en Afrique. De ce point de vue, la création d’une NBA Academy Africa et le lancement de la Basketball Africa League- dont l’AFD est partenaire- sont de bonnes illustrations de cette volonté d’allier « l’expertise de la NBA sur la pratique sportive à celle de l’AFD sur le développement durable », se félicite l’agence de coopération française. Au total, ce partenariat avec la ligue de basket-ball américaine ambitionne de lancer des programmes dans cinq pays africains (Maroc, Nigéria, Sénégal, Kenya et Afrique du Sud) dont l’un des volets, l’initiative « Basketball Experience », est déjà en place au Maroc avec la construction d’un terrain « AFDxNBA » à Zenata, en banlieue de Casablanca. Quant aux montants engagés, c’est 75 millions d’euros qui ont été débloqués par l’AFD dans le sport depuis 2018, répartis sur 70 projets financés.



