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Sport & Business : l’Afrique à la conquête d’un nouveau terrain

La CAN, bien plus qu'une compétition sportive, catalyse l'union du sport et des affaires pour sculpter l'avenir africain. Au-delà du football, des pays tels que le Nigeria, l'Afrique du Sud et le Maroc font du sport un moteur économique. Le Rwanda, orienté vers le basketball et le cyclisme, démontre le succès d'une stratégie gouvernementale centrée sur le développement sportif.

Par Dounia Ben Mohamed

Avec un investissement total approchant les 1,5 milliard de dollars, dépassant largement le demi-milliard dépensé par le dernier pays hôte, le Cameroun, la Côte d’Ivoire se positionne en force pour accueillir la Coupe d’Afrique des Nations. Déterminée à en faire une vitrine de son développement, elle a métamorphosé et construit de nouvelles infrastructures sportives dans les cinq villes hôtes de la compétition. En retour, elle anticipe des retombées significatives sur le plan touristique et économique.

La Coupe d’Afrique des Nations demeure la manifestation sportive la plus prestigieuse sur le continent, suscitant un enthousiasme non seulement pour le football en lui-même, mais aussi pour les opportunités économiques qu’elle représente. Organiser un tel événement exige d’énormes investissements dans les infrastructures sportives, offrant toutefois une opportunité unique de moderniser stades, installations d’entraînement, et infrastructures connexes, dont les retombées bénéficieront aux communautés locales. Sur le plan sportif, c’est une occasion de promouvoir la discipline et de faire briller les talents africains à l’international. Économiquement, la CAN représente une plateforme idéale pour stimuler le tourisme sportif en Afrique, générant des emplois dans le secteur hôtelier, la restauration, et le transport. Les pays hôtes peuvent également mettre en avant le patrimoine culturel africain pour offrir une expérience touristique complète, contribuant ainsi à leur développement économique global.

Au-delà du football, d’autres disciplines telles que le basket, le cyclisme, la natation, et le golf gagnent en valeur à mesure que les champions africains excellent, impactant positivement le développement socio-économique des pays. Si le sport était autrefois perçu principalement comme un outil de développement local, il est maintenant considéré comme un secteur économique à part entière à promouvoir pour accroître son influence sur le PIB.

LES PIONNIERS

Certains pays africains se démarquent par leurs approches novatrices dans le mariage du sport et du business, servant de modèles pour d’autres nations du continent. Le Nigeria, l’Afrique du Sud, et le Maroc ont développé des stratégies intelligentes pour maximiser les retombées économiques du sport.

Au Nigeria, l’industrie du football a connu une croissance remarquable grâce à des ligues professionnelles bien organisées et à une présence active sur la scène internationale. Les clubs nigérians attirent des sponsors nationaux et internationaux, créant des opportunités commerciales significatives. L’Afrique du Sud, en tant qu’hôte de la Coupe du Monde de la FIFA en 2010, a réussi à capitaliser sur cet événement pour stimuler le tourisme et attirer des investissements. Les stades de classe mondiale construits pour la Coupe du Monde continuent de servir de lieux polyvalents pour des événements sportifs et de divertissement, générant ainsi des revenus constants. Le Maroc, ayant accueilli la CAN 2019, a également réalisé des progrès significatifs en mettant l’accent sur le développement des infrastructures et la promotion du tourisme sportif.

Ces exemples démontrent que des politiques sportives bien pensées, combinées à une gestion efficace des ressources et à une gouvernance transparente, peuvent catalyser le développement du sport et du business en Afrique. Les succès de ces pays pionniers offrent des enseignements précieux pour d’autres nations cherchant à tirer parti de la CAN 2024 pour stimuler leur économie et renforcer leur présence sur la scène mondiale.

LE CAS DU RWANDA : LES RETOMBÉES ÉCONOMIQUES DU BASKETBALL

Au-delà du football, le Rwanda se distingue dans le domaine du sport et des affaires, en particulier dans le basketball. En 2021, le Rwanda a accueilli avec succès la Basketball Africa League (BAL), une compétition continentale de haut niveau soutenue par la NBA. Cet événement a non seulement attiré l’attention des amateurs de basketball du monde entier, mais a également créé un impact économique significatif. Les retombées directes comprennent l’afflux de touristes, les revenus des billets, et la promotion de la destination Rwanda en tant que lieu propice aux événements sportifs internationaux. Alors que le pays se prépare à accueillir les championnats mondiaux de cyclisme en 2025, une première sur le continent, Kigali s’établit comme une destination prisée pour le tourisme sportif.

Ces résultats encourageants découlent d’une stratégie bien définie, chère au président Paul Kagamé, visant à “nourrir et promouvoir le développement du sport en vue de l’intégrer dans le plan plus large du développement national”, explique Clare Akamanzi, ancienne directrice du Rwanda Development Board (RDB), désormais à la tête de la NBA Africa. Le gouvernement rwandais a investi dans les infrastructures sportives, dont le complexe Kigali Arena désormais baptisé BK Arena, pour renforcer son ambition de devenir une destination prisée pour les événements sportifs sur le continent. Ces investissements ont ouvert de nouvelles opportunités dans le domaine du business sportif.

Et pourtant, au Rwanda, le sport historique, c’est le cyclisme. Dans ce domaine, le pays des Mille Collines offre des opportunités intéressantes. En investissant dans les infrastructures, la détection des talents, l’éducation, et les partenariats, le Rwanda a pu renforcer sa position dans le cyclisme international. Ces efforts ont conduit à l’accueil du prochain championnat du monde de cyclisme en 2025, une première pour un pays africain.

L’organisation du Championnat du monde de cyclisme par le Rwanda, qui accueille déjà chaque année le Tour du Rwanda, présente des opportunités significatives ainsi que des défis spécifiques pour le pays. En termes de visibilité internationale, cela met en lumière non seulement le Rwanda en tant que destination touristique, mais aussi son engagement envers le cyclisme, renforçant ainsi sa position sur la scène mondiale. Le pays a déjà utilisé le sport comme outil de promotion international. A travers notamment la campagne menée, et récemment renouvelée, avec le PSG dont les joueurs, et les stades, abritent à chacun compétition, le désormais célèbre “Visit Rwanda”.

MAROC, CÔTE D’IVOIRE, SÉNÉGAL… LE SPORT COMME AXE DE DÉVELOPPEMENT MAJEUR

Football, basket mais aussi cyclisme … On l’aura compris, le pays des Mille Collines mise sur tous les tableaux pour gagner son pari du sport-business. Du reste, cette politique assumée consistant à maximiser les retombées économiques liées au sport, va bien au-delà de l’exemple rwandais, comme le montrent les cas du Maroc, de la Côte d’Ivoire et du Sénégal. Ces pays, qui ont accueilli et accueilleront respectivement la Coupe d’Afrique des Nations féminines en 2022, la Coupe d’Afrique des Nations en 2024 et les Jeux Olympique de la Jeunesse en 2026, font également du sport un axe de développement majeur. Le potentiel de croissance est, il est vrai, énorme puisque Amadou Gallo Fall, premier Président de la BAL, rappelle qu’en Afrique, la part de l’industrie du sport ne serait que « d’à peine 0,5 % du PIB, […] et ce malgré la grande popularité de disciplines qui ne cessent de se diversifier ».

Le tourisme sportif est et a été au cours de la dernière décennie, l’un des secteurs en croissance du tourisme à travers le monde. Les activités associées à de tels événements créent d’énormes opportunités pour le tourisme et les industries connexes.  Les bailleurs de fonds s’impliquent également dans le domaine sportif pour accompagner l’émergence du continent. L’Agence française de développement (AFD) a mis le sport au cœur de ses priorités, s’engageant aux côtés de la FIFA et de la NBA pour faire du football et du basket des moteurs de développement et de changement social en Afrique. La NBA Academy Africa et la Basketball Africa League, partenaires de l’AFD, sont des illustrations concrètes de cette alliance entre l’expertise sportive et le développement durable. L’AFD a débloqué 75 millions d’euros depuis 2018 pour soutenir 70 projets dans le domaine du sport.

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