L'AFRIQUE DANS LE MONDELE MONDE VU D'AFRIQUE

Guerre au Moyen‑Orient : l’économie mondiale sous haute tension

Depuis le début du conflit au Moyen‑Orient et la perturbation du détroit d’Ormuz, les marchés mondiaux connaissent des secousses inédites sur les prix de l’énergie, l’inflation, les chaînes logistiques et la croissance. Dans un contexte déjà fragile, cette crise redessine les risques et opportunités de l’économie planétaire, avec des effets qui commencent à se faire sentir jusqu’en Afrique.

La crise autour de l’Iran a directement touché l’un des leviers les plus sensibles de l’économie mondiale : l’énergie. Le détroit d’Ormuz, par lequel transitent environ 20 % du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondiaux, a vu son trafic chuter de près de 90 % en raison des tensions, perturbant les flux d’hydrocarbures essentiels pour des milliards d’actifs économiques.

Conséquence immédiate : les prix du pétrole ont bondi, dépassant les 110 $ le baril, un niveau jamais vu depuis la pandémie de Covid‑19 et provoquant des tensions sur les coûts de production, de transport et des carburants dans de nombreux pays.

Si la guerre se poursuit, d’autres producteurs d’énergie du Golfe pourraient être contraints de suspendre leurs exportations et de déclarer la force majeure… cela fera s’effondrer les économies du monde

Sur ce point, Saad al‑Kaabi, ministre de l’Énergie du Qatar, a averti : « Si la guerre se poursuit, d’autres producteurs d’énergie du Golfe pourraient être contraints de suspendre leurs exportations et de déclarer la force majeure… cela fera s’effondrer les économies du monde. »

L’impact ne se limite pas au pétrole brut. Les prix du gaz naturel ont aussi augmenté fortement, atteignant des sommets inédits en Europe début mars, avec des fluctuations qui pèsent sur l’industrie et les marchés de l’électricité.

L’inflation fait son retour sur les marchés financiers

La flambée des prix de l’énergie se répercute directement sur les marchés financiers et l’inflation mondiale. En début mars, les principales bourses mondiales ont enregistré des replis sensibles. En Europe, par exemple, les indices ont perdu plusieurs pourcents tandis qu’aux États‑Unis le Dow Jones reculait, illustrant l’anxiété des investisseurs face à des pressions inflationnistes renforcées.

Kevin Thozet, membre du comité d’investissement chez Carmignac, l’a résumé ainsi : « Les investisseurs craignent un choc d’inflation, en raison de la flambée des prix des hydrocarbures provoquée par le conflit au Moyen‑Orient. »

Cette pression inflationniste est confirmée par Kristalina Georgieva, directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), qui a expliqué que chaque hausse de 10 % du prix du pétrole persistante pourrait ajouter environ 0,40 point de base à l’inflation mondiale et réduire la croissance de 0,1 à 0,2 % si elle se maintient.

Croissance mondiale en balance : arbitrages difficiles

Si certaines économies affichent une résilience relative, la croissance mondiale reste sous tension. Les perturbations dans les chaînes d’approvisionnement, les renchérissements des coûts de l’énergie et l’incertitude accrue pèsent sur les prévisions. Selon les analyses compilées, des interruptions prolongées autour des routes maritimes clés pourraient faire reculer la croissance globale et raviver les risques d’une récession, notamment si la hausse des prix se prolonge.

Les banques centrales sont placées devant un arbitrage délicat : freiner l’inflation importée sans étouffer la croissance. Plusieurs institutions financières internationales mettent en garde contre un possible ralentissement si ces tensions persistent.

Supply chain et sécurité alimentaire

Au‑delà de l’énergie, la guerre affecte aussi les marchés agricoles. Le coût des intrants comme les engrais et le carburant augmente, ce qui alimente une nouvelle pression sur les prix de l’alimentation. Selon une analyse du S&P Global Energy, les perturbations des exportations de fertilisants, du transport maritime et du carburant menacent d’accroître l’inflation alimentaire à l’échelle mondiale.

Les approvisionnements alimentaires mondiaux pourraient être gravement affectés si la guerre en Iran se prolonge

Svein Tore Holsether, PDG de Yara International, l’un des principaux producteurs mondiaux de fertilisants, met en garde : « Les approvisionnements alimentaires mondiaux pourraient être gravement affectés si la guerre en Iran se prolonge. »

L’effet combiné de la hausse des prix et du ralentissement potentiel de la croissance mondiale peut peser sur la demande pour les exportations africaines

Pour les économies africaines, loin d’être isolées, ces chocs externes se transmettent par plusieurs canaux. Beaucoup de pays africains importent une part significative de leurs carburants et intrants agricoles : une hausse des prix du pétrole et des engrais pèse donc directement sur les coûts de production, les prix alimentaires et les budgets des ménages.

Les pressions inflationnistes globales se reflètent dans le prix des denrées et des services, ce qui sollicite davantage les banques centrales africaines déjà confrontées à des défis macroéconomiques. L’incertitude autour des prix de l’énergie peut aussi freiner les investissements étrangers dans des secteurs clés comme les infrastructures, l’industrie et l’agritech.

Sur le plan commercial, les perturbations maritimes et logistiques augmentent les coûts d’exportation et d’importation, réduisant les marges des entreprises africaines présentes sur les marchés mondiaux. Enfin, l’effet combiné de la hausse des prix et du ralentissement potentiel de la croissance mondiale peut peser sur la demande pour les exportations africaines, notamment les produits miniers et agricoles.

Nécessité de renforcer la résilience énergétique et alimentaire

Le choc économique déclenché par le conflit au Moyen‑Orient met en lumière la fragilité de chaînes d’approvisionnement mondiales encore marquées par la pandémie et d’autres tensions géopolitiques. L’énergie reste au cœur de ces dynamiques, et la nécessité de renforcer la résilience énergétique et alimentaire est devenue une priorité pour de nombreux gouvernements.

Pour l’Afrique, cela souligne l’urgence d’accélérer les transitions énergétiques, de renforcer la production locale d’intrants agricoles et d’élargir l’accès aux marchés régionaux afin de réduire la dépendance aux importations volatiles. Dans un contexte global instable, ces stratégies peuvent également soutenir une croissance plus inclusive et durable.

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