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ZLECAf : le grand pari africain entre promesse économique et réalité du terrain

La Zone de libre-échange continentale africaine entre dans une phase décisive de son histoire. Après la signature des accords et l’entrée en vigueur juridique du cadre continental, l’heure est désormais à la preuve par les faits. La question n’est plus de savoir si la ZLECAF peut transformer l’économie africaine, mais comment et à quelle vitesse elle pourra tenir ses promesses.

Cette nouvelle étape a été clairement affirmée lors de la 2ᵉ édition du Forum d’affaires de la ZLECAf, tenue les 11 et 12 décembre 2025 à Marrakech, sous le thème « Ensemble pour une mise en œuvre efficiente de la ZLECAf ». La rencontre a réuni responsables publics, institutions panafricaines et acteurs du secteur privé autour d’un même constat : le cadre existe, mais son impact reste encore limité.

À cette occasion, le Secrétaire général de l’Institution, Wamkele Mene, a insisté sur le changement de cap : l’Afrique est sortie des discussions techniques pour entrer dans la phase opérationnelle, celle qui doit produire des échanges commerciaux mesurables, des investissements et des emplois.

Un marché continental sans précédent

La ZLECAf constitue aujourd’hui le plus vaste projet d’intégration économique jamais lancé sur le continent. 54 États africains ont signé l’accord, et 48 l’ont ratifié à ce stade, permettant son entrée en vigueur en janvier 2021. Le commerce effectif sous le régime de la ZLECAf a démarré progressivement à partir de 2022, dans un nombre encore limité de pays pilotes.

L’ambition est claire : créer un marché unique de plus de 1,3 milliard de consommateurs, avec un PIB cumulé estimé à plus de 3 000 milliards de dollars, et faire passer la part du commerce intra-africain — historiquement autour de 15 % — à un niveau comparable à celui d’autres régions du monde.

« La ZLECAf a le potentiel de transformer les perspectives économiques de l’Afrique en stimulant le commerce intra-africain, en favorisant le développement industriel et en intégrant le continent dans les chaînes de valeur mondiales » a déclaré Ngozi Okonjo-Iweala, Directrice générale de l’OMC.

Un contexte mondial qui rend la ZLECAf incontournable

La mise en œuvre de la ZLECAf intervient dans un environnement international instable : tensions géopolitiques, fragmentation des chaînes de valeur mondiales, durcissement des politiques commerciales. Pour plusieurs responsables africains présents à Marrakech, cette conjoncture renforce l’urgence de bâtir un marché intérieur solide, capable de réduire la dépendance du continent aux chocs externes.

« La ZLECAf offre une opportunité unique aux pays africains d’approfondir leur intégration économique, de diversifier leurs exportations et d’accélérer la croissance » souligne un rapport de la Banque Mondiale (NDLR : AfCFTA: Economic and Distributional Effects).

Dans cette logique, la ZLECAf n’est pas seulement un projet commercial, mais un instrument stratégique de souveraineté économique et de résilience collective.

Industrialisation et chaînes de valeur : le vrai nerf de la guerre

Les débats de Marrakech ont également mis en lumière une réalité largement partagée : la libéralisation des échanges ne suffit pas. Sans capacités productives locales, infrastructures industrielles et logistiques adaptées, le marché continental risque de favoriser les économies déjà les plus structurées.

Des responsables de la Commission de l’Union africaine et des institutions financières de développement ont rappelé que la ZLECAf doit aller de pair avec : le développement des chaînes de valeur régionales, la transformation locale des matières premières, l’harmonisation des règles d’origine, notamment dans des secteurs clés comme le textile, l’agro-industrie et les produits pharmaceutiques.

« La ZLECAf n’est pas une fin en soi ; c’est un outil pour industrialiser l’Afrique et créer des emplois pour les Africains » a rappelé Albert Muchanga, Commissaire au commerce et à l’industrie de l’Union africaine.

Le secteur privé, maillon encore fragile

Autre constat majeur : l’appropriation de la ZLECAf par les entreprises reste inégale. Les grandes entreprises commencent à s’y positionner, mais les PME — qui représentent plus de 80 % du tissu économique africain — manquent encore d’information, de financement et de visibilité sur les opportunités réelles du marché continental.

Les participants ont souligné la nécessité de simplifier les procédures douanières, d’améliorer la connectivité logistique et de renforcer les mécanismes de financement du commerce intra-africain, sans quoi la ZLECAf restera un projet institutionnel éloigné des réalités économiques.

Une mise en œuvre à géométrie variable

Si le cadre continental est désormais en place, son application nationale demeure hétérogène. Certains États avancent rapidement dans l’adaptation de leurs législations et de leurs administrations commerciales, tandis que d’autres accusent un retard significatif. Cette asymétrie constitue l’un des principaux risques pour la crédibilité et l’efficacité du projet.u

Un test politique, économique et stratégique pour l’Afrique

Quatre ans après son entrée en vigueur juridique, la ZLECAf se trouve à un tournant. Les fondations sont posées, les premières transactions existent, mais le succès dépendra désormais de la capacité des États africains à coordonner leurs politiques industrielles, à mobiliser le secteur privé et à traduire la vision panafricaine en résultats concrets.

Plus qu’un accord commercial, la ZLECAf est devenue un test politique, économique et stratégique pour l’Afrique. Celui de sa capacité à transformer son marché intérieur en moteur de croissance inclusive et durable.

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