Réforme de l’architecture financière africaine : catalyseur de l’Agenda 2063
L’Afrique se retrouve à un moment charnière de son développement : pour réaliser les ambitions de l’Agenda 2063 — notamment l’industrialisation, l’intégration économique et la transformation socio‑économique — la réforme de son architecture financière est devenue une priorité stratégique essentielle. Analyse.

En marge du 39ᵉ Sommet de l’Union africaine qui s’est tenu les 14 et 15 février 2026 à Addis‑Abeba, les dirigeants africains ont mis en exergue la nécessité de transformer en profondeur l’architecture financière du continent pour permettre le financement durable de l’Agenda 2063.
Cela a été souligné lors du« Petit-déjeuner des chefs d’État et de gouvernement : Renforcer l’architecture financière de l’Afrique pour financer l’Agenda 2063”, un événement parallèle au sommet qui a réuni chefs d’État, dirigeants d’institutions financières africaines et partenaires internationaux autour de la question du financement du développement.
L’Afrique doit accroître la mobilisation des ressources domestiques et réduire sa dépendance à l’aide externe
Aujourd’hui, le financement de l’Afrique reste insuffisant face aux besoins gigantesques d’investissements, notamment dans les infrastructures et les services sociaux. La Banque africaine de développement (BAD) estime que l’Afrique a besoin de financements considérablement accrus pour atteindre ses objectifs de croissance et combler les lacunes en matière de développement. Dans un contexte global marqué par des incertitudes économiques, le président de la Commission de l’Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf, a sonné l’alarme sur ce déficit structurel, affirmant que l’Afrique doit « accroître la mobilisation des ressources domestiques et réduire sa dépendance à l’aide externe », afin de construire une architecture financière africaine « réactive, inclusive et capable de soutenir des investissements de long terme ».
Mobilisation des ressources domestiques
Un des facteurs clefs de cet effort est la mobilisation des ressources domestiques. De nombreux pays africains n’ont pas encore exploité pleinement leurs capacités fiscales ou leurs marchés financiers intérieurs. De plus, la sollicitation de financements externes s’effectue souvent à des conditions moins favorables, obligeant certains États à consacrer une part disproportionnée de leurs recettes au service de la dette. Selon la Banque africaine de développement, la dette publique externe et garantie de nombreux pays africains continue d’augmenter, pesant sur leurs budgets et limitant l’investissement dans des secteurs essentiels comme l’éducation ou la santé.
Renforcer la coordination et la capacité financière africaines
Dans ce contexte, des cadres régionaux et continentaux sont proposés pour renforcer la coordination et la capacité financière africaines. La Nouvelle Architecture Financière Africaine (NAFA), promue notamment par la Banque africaine de développement, vise à canaliser des ressources vers des projets prioritaires et à favoriser la concertation entre institutions financières africaines. Cela inclut des mécanismes de financement innovants, une meilleure intégration des marchés financiers régionaux et la facilitation de l’accès à des capitaux à long terme adaptés aux projets de développement structurel.
L’Alliance des institutions financières multilatérales africaines représente la force financière collective de l’Afrique
Lors d’un forum préparatoire à Addis‑Abeba, Prof. Benedict Oramah, ex président d’Afreximbank et figure centrale du financement africain, a souligné que l’union des institutions financières africaines représente une force collective capable d’accroître l’impact du financement sur le continent. Il a déclaré que « l’Alliance des institutions financières multilatérales africaines représente la force financière collective de l’Afrique, et grâce à une action coordonnée nous mobiliserons des ressources à grande échelle pour réaliser l’Agenda 2063 ». Cette déclaration met en lumière l’importance d’une démarche unifiée plutôt que fragmentée pour faire face aux défis financiers communs.
Transparence et la gouvernance financière
Un autre thème central des discussions a été l’accent mis sur la transparence et la gouvernance financière. La gestion efficace des finances publiques, la transparence des marchés financiers et la mise en place de cadres robustes de gestion de la dette sont considérées comme indispensables pour renforcer la crédibilité des États africains sur les marchés internationaux et attirer des investissements à long terme. Sans de telles mesures, les efforts de financement pourraient être compromis par des coûts d’emprunt élevés et une perception de risque persistante.
Le système financier mondial doit être plus équitable et mieux aligné sur les priorités de développement durable, y compris celles de l’Afrique
Sur la scène internationale, des voix concordantes plaident également pour une réforme de l’architecture financière mondiale afin qu’elle reflète mieux les besoins des pays en développement. António Guterres, secrétaire général des Nations unies, a plaidé pour une représentation plus forte des pays en développement au sein des institutions financières internationales, estimant que « le système financier mondial doit être plus équitable et mieux aligné sur les priorités de développement durable, y compris celles de l’Afrique ». Cette perspective s’inscrit dans des appels plus larges à revisiter les structures traditionnelles de financement global pour qu’elles deviennent plus justes et plus efficaces.
Malgré les initiatives et les dialogues engagés, plusieurs experts estiment que le succès de la réforme dépendra de la volonté politique des États africains, de leur capacité à harmoniser les politiques fiscales et financières, et à créer des instruments régionaux crédibles et efficaces. La transition vers une souveraineté financière accrue, où l’Afrique finance majoritairement ses propres projets de développement, est aujourd’hui considérée comme un pivot stratégique pour l’intégration du continent et la réalisation de ses objectifs de longue durée.



