Ouganda : le pari d’une économie à 500 milliards de dollars d’ici 2040
Après une phase de relance post-crises, l’Ouganda accélère sa transformation économique. Avec une stratégie ambitieuse visant à multiplier par dix son PIB d’ici 2040, le pays mise sur l’investissement privé, l’industrialisation et l’inclusion financière. Mais ce pari reste semé de défis structurels. Par la rédaction
L’Ouganda entre dans une nouvelle phase de son développement économique. Après la mise en œuvre du Programme de développement du secteur privé dans le cadre du troisième Plan national de développement, les autorités affichent une ambition claire : changer d’échelle. L’objectif est spectaculaire, porter le produit intérieur brut d’environ 50 milliards de dollars aujourd’hui à 500 milliards de dollars d’ici 2040. Cette trajectoire s’inscrit dans la « Tenfold Growth Strategy », une feuille de route qui vise une croissance soutenue à deux chiffres sur plusieurs années, condition jugée indispensable pour transformer durablement l’économie.
Une économie à faible revenu, mais dynamique
Avec près de 46 millions d’habitants, l’Ouganda reste une économie à faible revenu, mais dynamique. La croissance est estimée autour de 7 à 7,5 % selon les institutions internationales, portée par l’agriculture, les services et les investissements publics. Les projections officielles anticipent un PIB d’environ 66 milliards de dollars à l’horizon 2026. Cette progression reste significative, mais elle souligne l’ampleur de l’effort à fournir pour atteindre l’objectif fixé à l’horizon 2040. Maintenir un tel rythme sur près de deux décennies constitue un défi rare, que peu de pays ont réussi en dehors de certaines économies asiatiques.
L’agro-industrialisation, centrale
La stratégie ougandaise repose sur plusieurs moteurs clés. L’agro-industrialisation occupe une place centrale, avec la volonté de transformer localement les matières premières agricoles afin de capter davantage de valeur ajoutée. Le tourisme est également identifié comme un secteur à fort potentiel, tout comme les ressources minières et pétrolières. Enfin, les autorités misent sur la science, la technologie et l’innovation pour moderniser l’économie. Le président Yoweri Museveni résume cette approche en soulignant que « exporter des produits bruts revient à donner les emplois et la richesse à d’autres », plaidant pour une industrialisation accélérée.
Lancement attendu de la production pétrolière commerciale, un levier majeu
Les estimations officielles avancent que certaines chaînes de valeur agricoles pourraient générer jusqu’à 20 milliards de dollars supplémentaires, tandis que le tourisme pourrait atteindre un potentiel de 50 milliards de dollars. En parallèle, le lancement attendu de la production pétrolière commerciale constitue un levier majeur. Le Fonds monétaire international estime que cette nouvelle phase pourrait propulser la croissance économique au-delà de 10 % à court terme, marquant un tournant pour le pays.
L’inclusion financière, un autre pilier essentiel
Le rôle du secteur privé apparaît déterminant dans cette transformation. Le gouvernement entend améliorer l’accès au crédit, souvent jugé trop coûteux pour les entreprises locales, et développer les marchés financiers. L’objectif est de faciliter le financement des infrastructures, des petites et moyennes entreprises et des projets industriels. L’inclusion financière constitue un autre pilier essentiel : en intégrant davantage de citoyens dans le système formel, les autorités espèrent élargir la base fiscale et stimuler la consommation intérieure.
L’amélioration de la gouvernance, la lutte contre la corruption et l’efficacité de l’action publique seront déterminantes
Malgré cet optimisme, les défis restent nombreux. L’amélioration de la gouvernance, la lutte contre la corruption et l’efficacité de l’action publique seront déterminantes pour attirer durablement les investisseurs. Le coût du financement, dans un contexte mondial marqué par la hausse des taux d’intérêt, constitue également un frein. Par ailleurs, les précédents plans de développement ont parfois souffert de retards ou d’une mise en œuvre incomplète, rappelant que l’exécution sera aussi importante que la vision.
Au-delà du cas ougandais, cette ambition s’inscrit dans une dynamique plus large sur le continent africain, où plusieurs pays cherchent à accélérer leur industrialisation et à mieux s’intégrer aux chaînes de valeur mondiales. Si le pari est réussi, l’Ouganda pourrait devenir l’une des économies les plus transformées d’Afrique d’ici 2040. Mais entre ambition et réalité, la trajectoire dépendra de la capacité du pays à maintenir ses réformes, mobiliser les investissements et traduire ses stratégies en résultats concrets.



