Open Innovation : accélérer la collaboration entre PME et Startups en Afrique
Pendant longtemps, lorsqu’on évoquait l’innovation, le réflexe était de regarder vers l’Ouest : Silicon Valley, Boston ou ailleurs. Des territoires où startups, universités, grandes entreprises et investisseurs fonctionnent en réseau, accélérant le passage d’une idée à un marché international. L’Open Innovation peut-elle permettre un partenariat efficace entre les PME et les startups en Afrique ?

Par Yousra Gouja
Sur le continent, une dynamique nouvelle se construit — plus pragmatique, plus inclusive, plus proche du terrain. Aujourd’hui, l’enjeu n’est pas de reproduire un modèle étranger, mais d’inventer un modèle africain d’innovation, adapté aux réalités du continent : un modèle où les startups ne cherchent pas seulement à créer des technologies, mais à résoudre des problèmes locaux ; où les PME considèrent l’innovation comme un catalyseur de compétitivité ; où l’État devient un facilitateur. L’Open Innovation permet de relier les défis des PME, des institutions et du secteur public à des solutions technologiques concrètes développées par les startups.
Dans un contexte où les cycles d’innovation sont longs, les budgets R&D sont limités et les équipes internes manquent parfois de compétences technologiques, ce modèle devient un levier stratégique majeur. Il permet d’accéder à des technologies déjà opérationnelles, de tester rapidement des solutions via pilotes et POC, de réduire coûts et risques grâce à la mutualisation, et de créer des collaborations gagnant-gagnant entre startups, PME, institutions publiques et investisseurs.
Un terrain fertile pour l’Open Innovation confirmé par des financements record
L’Afrique confirme sa montée en puissance sur la scène mondiale de l’innovation. En 2025, les startups africaines ont levé plus de 3 milliards de dollars, avec près de 988 millions de dollars investis au troisième trimestre et 1,35 milliard de dollars au premier semestre, marquant une progression de 78 % par rapport à 2024. Le financement se concentre particulièrement sur les technologies propres, l’IA et les solutions numériques, secteurs clés pour les collaborations entre PME et startups. Cette tendance montre que le continent dispose aujourd’hui d’un écosystème capable de soutenir l’Open Innovation et de générer un impact tangible sur la compétitivité des entreprises.
Tunisie : laboratoire continental de co-innovation
La Tunisie incarne cette transformation. Elle n’est pas seulement un pays où l’innovation émerge : elle devient un hub où l’on structure, teste et modélise de nouvelles formes de collaboration. La GIZ Tunisie fédère les acteurs — entreprises industrielles, startups tech, cabinets comme Deloitte, acteurs publics, investisseurs, incubateurs — pour transformer l’innovation en valeur mesurable. Le programme AI RISE, lancé en 2023, a validé l’approche, suivi par une deuxième édition en 2025 centrée sur l’Industrie 4.0 et l’IA appliquée.
Mais l’innovation ne se limite pas à la technologie. Une étape clé est d’aider les entreprises à clarifier leurs besoins. « Les startups savent ce qu’elles savent faire — mais les PME ne savent pas toujours ce qu’elles doivent demander », précise Aicha Mezghani, Senior Manager chez Deloitte. Comme le souligne Hichem Abdennadher, Chef de Composante Industrie 4.0 et IA à GIZ Tunisie : « En Afrique subsaharienne, la situation est plus complexe, car le tissu industriel reste limité en dehors de quelques grands groupes. »
Le langage technologique : première barrière à éliminer
Dans de nombreux pays africains, beaucoup de PME n’ont ni département innovation, ni stratégie digitale, parfois même pas de référentiel technologique. L’Open Innovation ne cherche pas à copier la Silicon Valley, mais à créer un modèle africain pragmatique, collaboratif et adapté aux besoins industriels. « Ce n’est pas que la solution n’est pas bonne — c’est que l’entreprise et la startup ne parlent pas la même langue », indique Hatem Haddad, président d’Entrepreneurs sans frontières.
Des initiatives comme Open Startup Africa (OST) ou le partenariat avec Bpifrance créent un langage commun, un cadre de collaboration reproductible et favorisent l’émergence d’un écosystème solide. Comme le résume Houda Ghozzi, fondatrice d’Open Startup : « Nous avons conscience que la France reste un marché de référence pour les startups africaines. Cette signature est un point de culmination de notre volonté de continuer à innover ensemble, mais surtout d’une mission consistant à permettre d’écrire une nouvelle histoire pour l’Afrique et ses innovateurs. »
L’Afrique n’est plus en train de rattraper le monde : elle construit un modèle d’innovation qui lui appartient — et que le monde pourra bientôt observer, apprendre et parfois adopter.



