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ONU : un appel de 400 millions $ dans un contexte de crise du droit international

Fragilisée par une crise financière aiguë et confrontée à une multiplication de violations du droit international — de Gaza au Venezuela — l’ONU alerte sur un risque d’affaiblissement historique du système mondial de protection des droits humains. Le Haut-Commissariat appelle à 400 millions $ de contributions pour 2026 afin d’éviter un recul majeur. Analyse.

Face à la dégradation accélérée de la situation des droits fondamentaux dans le monde, le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a lancé le 5 février un appel de fonds de 400 millions de dollars pour 2026. Un montant présenté comme vital pour maintenir les mécanismes internationaux de protection à flot.

Nos besoins estimés pour 2026 s’élèvent à 400 millions de dollars de contributions volontaires. En cette période critique, ce montant nous permettra de défendre tous les droits de tous et toutes

a-t-il déclaré aux États membres.

Au-delà de l’appel financier, le message est politique : l’architecture internationale des droits humains traverse une zone de turbulences inédite, prise en étau entre multiplication des crises, contestation du droit international et contraction des ressources.

Un droit international sous pression

De Gaza au Soudan, du Yémen à l’Ukraine, en passant par le Venezuela ou Haïti, les violations graves se multiplient, plaçant les mécanismes onusiens sous tension permanente.

Sur le conflit à Gaza, le Haut-Commissariat a dénoncé à plusieurs reprises les atteintes au droit humanitaire et les restrictions à l’aide humanitaire, rappelant les obligations des parties au regard du droit international.

Dans d’autres contextes, comme le Venezuela, les équipes onusiennes ont dû suspendre ou réduire leurs activités sous pression politique, limitant les capacités de monitoring indépendant.

Cette accumulation de crises accroît mécaniquement la demande d’enquêtes, de documentation et de protection des victimes — alors même que les moyens diminuent.

Une institution fragilisée financièrement

Le paradoxe est là. Jamais les besoins n’ont été aussi élevés, mais les ressources n’ont été aussi contraintes.

« Le coût de notre travail est faible ; le coût humain d’un sous-investissement est incommensurable », a averti Volker Türk.

Le Haut-Commissariat fonctionne largement grâce à des contributions volontaires. Or celles-ci reculent. En 2025, sur les 500 millions de dollars sollicités, seuls environ 260 millions ont été mobilisés.

Parallèlement, le budget ordinaire alloué par l’ONU a été revu à la baisse. Pour 2026, il s’établit à 224,3 millions de dollars, en diminution d’environ 10 %. Cette contraction intervient dans un contexte plus large de crise de liquidités du système onusien, alimentée par les retards ou suspensions de contributions de plusieurs États majeurs.

Effets concrets sur le terrain

Cette fragilité financière n’est pas abstraite. Elle produit déjà des effets opérationnels.

Au Myanmar, les activités du bureau des droits humains ont subi des coupes supérieures à 60 %. Au Honduras, les programmes de réforme sécuritaire ont été réduits. Au Tchad, l’appui à près de 600 détenus arbitraires a été suspendu faute de moyens.

Plus largement, les mécanismes d’enquête du Conseil des droits de l’homme ont vu leurs capacités amputées : missions annulées, effectifs réduits, investigations écourtées.

Le Haut-Commissariat a également perdu environ 300 agents et fermé ou réduit des bureaux dans 17 pays.

Un pilier du multilatéralisme menacé

Pour Volker Türk, l’enjeu dépasse la survie administrative de son institution. Il touche à l’équilibre même du système multilatéral.

« Nos rapports fournissent des informations crédibles sur les atrocités et les tendances en matière de droits humains à une époque où la vérité est érodée par la désinformation et la censure », a-t-il souligné.

Dans un environnement international de plus en plus polarisé, où certaines puissances contestent ouvertement les normes universelles, la capacité de documentation indépendante devient stratégique.

Maintenir la protection malgré tout

Malgré ces contraintes, le Haut-Commissariat reste très actif : 1 275 employés déployés dans 87 pays, plus de 5 000 missions de monitoring menées en un an, et un soutien direct apporté à 67 000 survivants de torture ou d’esclavage contemporain.

L’agence affirme aussi avoir contribué à la libération de plus de 4 000 personnes détenues arbitrairement dans le monde.

Mais sans financement additionnel, ces actions pourraient se réduire drastiquement.

Un appel révélateur d’une crise systémique

L’appel de 400 millions de dollars dépasse donc la seule logique budgétaire. Il agit comme un révélateur : celui d’un système international des droits humains fragilisé au moment même où les violations se multiplient et où le droit international est ouvertement défié.

Dans ce contexte, financer les droits humains revient, pour l’ONU, à défendre l’un des derniers remparts institutionnels face à l’impunité globale.

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