Mohammed Harbi, historien et voix critique de l’indépendance
L’historien algérien Mohammed Harbi, décédé à Paris, laisse une œuvre majeure sur la guerre d’indépendance algérienne et la construction politique post-coloniale. Ses analyses, à la croisée du nationalisme et des défis africains, continuent d’inspirer chercheurs et militants sur tout le continent.

Mohammed Harbi, né le 16 juin 1933 à Skikda, dans l’est de l’Algérie, est mort le 1er janvier 2026 à Paris des suites d’une infection pulmonaire. Son parcours illustre l’engagement intellectuel et politique des élites africaines post-coloniales, confrontées à la construction de nations indépendantes souvent fragiles.
Jeune militant anti-colonial, Harbi rejoint le Front de libération nationale (FLN) à Paris et travaille au sein du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA), aux côtés de Krim Belkacem, acteur clé des accords d’Évian de 1962 qui mettent fin à 132 ans de colonisation française. Après l’indépendance, il intègre le cabinet du président Ahmed Ben Bella, mais dénonce rapidement le régime autoritaire de Houari Boumédiène, ce qui lui vaut cinq ans de prison puis une résidence surveillée. En 1973, il quitte l’Algérie pour la France où il se consacre à la recherche et à l’enseignement à la Sorbonne.
Pour Harbi, comprendre l’expérience algérienne est essentiel pour réfléchir aux transitions politiques dans toute l’Afrique post-coloniale
Dans ses travaux, Mohammed Harbi a toujours cherché à dépasser une lecture strictement nationale de l’histoire algérienne. Son ouvrage « Le FLN : mirage et réalité » (1980) critique le monopole du pouvoir politique par un seul parti et pose des questions universelles sur la démocratie, la citoyenneté et la justice sociale. Pour Harbi, comprendre l’expérience algérienne est essentiel pour réfléchir aux transitions politiques dans toute l’Afrique post-coloniale.
Harbi a toujours mis en avant la responsabilité des jeunes Africains, appelant à « œuvrer ensemble pour construire une nation de citoyens et vivre en paix avec nos voisins ».
Au-delà de l’Algérie, ses travaux ont influencé la recherche sur le nationalisme et les mouvements de libération à travers le continent. Ses analyses ont été utilisées comme références dans des études comparatives sur le Maroc, la Tunisie et d’autres pays africains en transition, ainsi que pour la compréhension des défis liés à l’État post-colonial. Harbi a également participé à des colloques internationaux sur la mémoire de la décolonisation, contribuant à créer un dialogue panafricain autour de l’histoire, de la justice et de la citoyenneté.
Un double héritage: intellectuel et politique
Son héritage est double : intellectuel et politique. En plus de ses ouvrages, il a formé de nombreux étudiants africains en France, encouragé la réflexion critique sur le pouvoir et inspiré de jeunes chercheurs à considérer l’histoire comme un outil pour la transformation sociale.
Un homme d’exception, engagé très tôt dans le combat politique contre la colonisation
Le président algérien Abdelmadjid Tebboune a salué Harbi comme « historien lettré dont la disparition fait perdre à l’Algérie et à l’Afrique du Nord un homme d’exception, engagé très tôt dans le combat politique contre la colonisation ».
Harbi restera dans la mémoire collective comme un symbole de courage et d’intégrité intellectuelle, rappelant aux nouvelles générations que la construction d’une Afrique libre et citoyenne passe par la connaissance de son passé et la critique de ses institutions.



