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Le grand musée du Caire ou le pari géant de l’Égypte pour relancer son tourisme

Avec l’ouverture officielle du Grand Egyptian Museum (GEM) le 1er novembre 2025, l’Égypte mise sur un investissement monumental pour dynamiser son industrie touristique tout en affirmant sa place dans le patrimoine mondial.

Plus de vingt ans après son lancement, le Grand Musée Égyptien, situé sur le plateau des Pyramides de Gizeh, s’apprête à entrer dans une nouvelle ère. Bâti sur environ 50 hectares, avec plus de 470 000 m² de surface totale et 24 000 m² consacrés aux galeries permanentes, le musée s’affirme comme le plus vaste musée au monde dédié à une seule civilisation. L’investissement est à la hauteur de l’ambition, avec un coût estimé à environ 1 milliard USD selon les sources. Il abritera plus de 50 000 objets exposés, incluant le trésor complet de Toutânkhamon ainsi que la barque solaire de Khéops, mis en lumière pour la première fois.

Le GEM ne se limite pas à une vitrine culturelle. Il s’inscrit dans une stratégie globale pour revitaliser le tourisme égyptien

« C’est un cadeau de l’Égypte au monde et nous sommes fiers de le partager enfin », a déclaré Sherif Fathy, ministre du Tourisme et des Antiquités. Le GEM ne se limite pas à une vitrine culturelle. Il s’inscrit dans une stratégie globale pour revitaliser le tourisme égyptien, déjà en forte reprise. En 2024, le pays a accueilli un record de 15,7 millions de visiteurs, et le gouvernement vise à doubler ce chiffre d’ici 2032. Le musée prévoit d’accueillir entre 15 000 et 20 000 visiteurs par jour, créant ainsi des emplois dans les services, l’hôtellerie et la restauration autour du site de Gizeh, tout en générant des flux de devises pour une économie sous tension et en renforçant la marque Égypte comme destination culturelle.

Le musée se distingue également par son innovation muséale et sa conservation. Un escalier monumental de six niveaux, flanqué de statues colossales comme le buste de Ramsès II pesant 83 tonnes, accueille les visiteurs. Des laboratoires de conservation high‑tech, un centre de recherche intégré et des espaces éducatifs et interactifs destinés aux jeunes complètent le dispositif. L’ouverture du GEM s’accompagne de nouvelles infrastructures, de transports adaptés et de circuits touristiques pour fluidifier l’expérience visiteur.

Une rentabilité incertaine

Malgré ces promesses, plusieurs défis demeurent. Le calendrier a déjà connu de nombreux retards, l’ouverture officielle ayant été initialement prévue en 2024. La sécurité des artefacts reste une priorité, tandis que le marché touristique reste sensible aux turbulences géopolitiques et économiques. La rentabilité directe du musée reste incertaine ; comme l’affirme l’égyptologue Zahi Hawass : « Un musée ne se résume pas à l’argent. Il s’agit de respecter sa propre histoire. »

Une volonté de passer d’un tourisme de masse vers un tourisme culturel de haut niveau

L’ouverture du GEM marque un tournant pour l’Égypte. Elle traduit une volonté de passage d’un tourisme de masse vers un tourisme culturel de haut niveau. En plaçant l’histoire de la civilisation égyptienne comme attraction mondiale, le pays mise aussi sur un soft‑power renouvelé. La taille et la qualité du projet envoient un signal clair aux investisseurs : infrastructures, régulation, accès aux marchés et promotion internationale sont réunis. Transformer ce geste symbolique en dynamique pérenne exigera toutefois rigueur dans la gestion, continuité de l’offre touristique et montée en gamme des services.

Transformer son patrimoine en moteur de développement

Le Grand Musée Égyptien du Caire constitue aujourd’hui l’un des projets culturels et économiques majeurs du continent africain. Son ouverture en 2025 offre à l’Égypte l’opportunité de transformer son patrimoine en moteur de développement. La réussite dépendra de la capacité du pays à traduire cette opportunité en résultats tangibles pour la population locale, les visiteurs et l’ensemble du secteur touristique.

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