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Gwen Mwaba : « La clé de l’intégration économique de l’Afrique »

Dans ce Cart’Afrik, Gwen Mwaba, Directrice Générale du Commerce, de la Finance et de la Banque Correspondante à Afreximbank, soutient que l’intégration économique de l’Afrique repose sur le financement du commerce : offrir aux PME de la liquidité et des outils de gestion des risques pour libérer le potentiel de la ZLECAf et des paiements panafricains. Un appel à des écosystèmes financiers innovants et inclusifs pour dynamiser un marché véritablement intégré. Par Gwen Mwaba*

De nombreux économistes africains s’accordent à dire que l’intégration économique du continent repose sur l’amélioration de l’accès au financement du commerce et sur l’efficacité de ses mécanismes. Sans écosystèmes financiers solides capables d’atténuer les risques liés aux échanges transfrontaliers, les petites et moyennes entreprises resteront incapables de s’imposer sur le marché régional.

Il n’existe pas de solution miracle pour développer le commerce en Afrique – ni ailleurs d’ailleurs. Mais une chose est certaine : le financement du commerce constitue l’épine dorsale d’une croissance durable et de la revitalisation économique du continent. Il est essentiel pour favoriser l’intégration des économies africaines et mettre un terme à la fragmentation héritée de l’ère postcoloniale, condition indispensable pour permettre aux petites et moyennes entreprises (PME) de croître et de se diversifier.

En renforçant leur capacité à exporter, importer et investir en toute confiance, les pays africains peuvent libérer leur immense potentiel

En renforçant leur capacité à exporter, importer et investir en toute confiance, les pays africains peuvent libérer leur immense potentiel et accroître leur résilience dans un monde de plus en plus incertain. Des progrès ont déjà été accomplis : fin 2023, le commerce intra-africain atteignait 192,2 milliards de dollars, contre 186,3 milliards l’année précédente, en partie grâce à une progression du financement du commerce.

Ce chiffre devrait continuer de croître avec la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), entrée en vigueur en 2021. À ce jour, 49 pays ont ratifié l’Accord, affirmant leur volonté de lever les barrières commerciales intra-africaines.

Pour beaucoup d’économistes, l’intégration du continent et son autonomie stratégique passent par un meilleur accès au financement du commerce, une efficacité accrue et des solutions innovantes. Ces leviers permettraient aussi aux pays africains de mieux affronter la concurrence mondiale, en fournissant aux entreprises les liquidités et les outils de couverture nécessaires face aux fluctuations monétaires, à l’instabilité politique et aux risques liés aux transactions transfrontalières.

Aujourd’hui, la part de l’Afrique dans le commerce mondial est inférieure à 3 % – essentiellement des échanges de marchandises – alors même qu’elle figure parmi les économies à la croissance la plus rapide

Aujourd’hui, la part de l’Afrique dans le commerce mondial est inférieure à 3 % – essentiellement des échanges de marchandises – alors même qu’elle figure parmi les économies à la croissance la plus rapide, avec une progression du PIB attendue à 4 % en 2025. Le potentiel d’expansion est donc considérable.

Encore faut-il surmonter des obstacles structurels : un secteur bancaire limité et des coûts de transaction élevés. Pour les réduire, accroître la transparence et faciliter l’accès des PME mal desservies, le financement du commerce doit pleinement intégrer les solutions de banque mobile et de paiement numérique.

Un développement prometteur en ce sens est la montée en puissance du Système panafricain de paiement et de règlement (PAPSS). En trois ans, 17 banques centrales et plus de 150 banques commerciales ont rejoint cette plateforme développée par Afreximbank (où je travaille), l’Union africaine et le Secrétariat de la ZLECAf.

L’absence d’instruments financiers innovants – comme le financement des chaînes d’approvisionnement, l’assurance-crédit à l’exportation ou l’affacturage – empêche encore nombre d’entreprises africaines de sécuriser leurs échanges. Leur donner accès à ces outils leur permettrait de participer plus activement aux marchés régionaux et mondiaux, créant ainsi des emplois et favorisant la diversification économique.

Déployer à grande échelle des solutions inclusives, technologiquement avancées aiderait à combler le déficit de financement du commerce en Afrique, estimé par Afreximbank à environ 100 milliards de dollars

Déployer à grande échelle des solutions inclusives, technologiquement avancées et alignées sur les Objectifs de développement durable des Nations Unies aiderait à combler le déficit de financement du commerce en Afrique, estimé par Afreximbank à environ 100 milliards de dollars. Ce virage serait décisif : au lieu d’importer massivement des biens et services que le continent peut produire, l’Afrique pourrait stimuler sa propre production et bâtir une croissance durable.

La construction d’écosystèmes financiers robustes, capables d’aider les PME à accéder aux marchés régionaux et mondiaux, compléterait et stimulerait les investissements en infrastructures : ports, routes, réseaux numériques. Les besoins sont colossaux – entre 130 et 170 milliards de dollars par an selon Afreximbank – mais indispensables pour réaliser le potentiel économique africain.

En mettant en place des structures de financement mixte pour réduire les risques, en élargissant l’accès à des financements concessionnels et en faisant entendre une voix africaine unifiée sur la scène financière internationale, l’Afrique peut enclencher un changement durable

Cela suppose que les gouvernements développent des partenariats avec le secteur privé et les institutions de financement du développement. Outre le partage d’expertise et la création de cadres propices aux innovations, ces acteurs pourraient contribuer à réformer l’architecture financière mondiale. En mettant en place des structures de financement mixte pour réduire les risques, en élargissant l’accès à des financements concessionnels et en faisant entendre une voix africaine unifiée sur la scène financière internationale, l’Afrique peut enclencher un changement durable.

Le financement du commerce – véritable « moteur silencieux » du développement – peut accélérer l’intégration économique du continent. Mais cela exige des dirigeants africains qu’ils reconnaissent l’importance d’approches financières innovantes et inclusives, et qu’ils s’y engagent durablement, même face à d’autres priorités.

*Gwen Mwaba est Directrice générale du Commerce, du Financement et de la Banque correspondante à Afreximbank

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