Ghana Tree Crops Investment Summit & Exhibition : Un tournant pour l’agriculture industrielle ghanéenne
Du 17 au 20 février 2026, Accra a accueilli la première édition du Ghana Tree Crops Investment Summit & Exhibition (GTCIS), marquant une étape majeure dans la stratégie du pays pour transformer son agriculture traditionnelle en un pilier industriel moderne, diversifier ses exportations et renforcer les chaînes de valeur des cultures pérennes.

Du 17 au 20 février 2026, le Ghana Tree Crops Investment Summit & Exhibition (GTCIS) s’est tenu au Accra International Conference Centre sous le thème « Croissance durable grâce aux investissements dans les cultures pérennes : Réinitialiser et construire l’économie verte du Ghana », rassemblant responsables politiques, investisseurs internationaux, institutions financières et acteurs du secteur agricole. L’événement a servi de plateforme stratégique pour réaffirmer l’ambition de positionner les cultures pérennes au cœur du développement économique ghanéen — bien au‑delà d’un simple sommet : une feuille de route vers une agriculture industrielle et des chaînes de valeur compétitives.
De l’exportation de matières premières à la valeur ajoutée industrielle

L’un des messages les plus forts du sommet est venu du président John Dramani Mahama, qui a ouvert les travaux en appelant à une rupture avec le modèle traditionnel d’exportation de matières premières : «« Que le Ghana Tree Crop Summit 2026 marque un tournant où le Ghana opère un passage décisif des exportations de matières premières vers la transformation industrielle… », a‑t‑il déclaré, soulignant la nécessité de transformer davantage sur place avant d’exporter.
Cette orientation s’accompagne d’un ciblage précis de six cultures pérennes prioritaires : anacarde, palmier à huile, karité, noix de coco, caoutchouc et mangue. Selon les projections du Tree Crops Development Authority (TCDA), chacune de ces filières pourrait générer environ 2 milliards de dollars annuels d’exportations d’ici 2030, portant le potentiel total du secteur à plus de 12 milliards de dollars par an si les investissements et capacités de transformation le permettent.
L’objectif politique est clair : réduire la dépendance du pays à l’exportation de matières premières brutes — une situation héritée de l’économie coloniale et maintenue dans le cas de cultures comme le cacao — et renforcer la valeur ajoutée locale, créatrice d’emplois, de revenus et de stabilité économique.
Encadrement juridique et attractivité pour les investisseurs
Un autre point central du GTCIS 2026 a été l’engagement du Parlement ghanéen à adapter le cadre légal pour sécuriser les investissements dans les cultures pérennes. Dr Godfred Seidu Jasaw, président du comité parlementaire sur l’agriculture, a assuré que le pays serait disposé à réviser les textes juridiques afin d’offrir un environnement plus prévisible et favorable aux investisseurs, répondant à une critique récurrente du secteur : l’insécurité foncière et l’incertitude réglementaire.
Ces initiatives interviennent alors même que le mode de gouvernance du secteur connaît des faiblesses structurelles. Le ministre de l’Agriculture, Eric Opoku, a reconnu lors de l’ouverture que malgré une augmentation de la production, la coordination et la supervision réglementaire ont été historiquement limitées, entravant la montée en puissance du secteur et la capacité à capter la valeur ajoutée domestique.
Encouragement des investissements privés et rôle des acteurs locaux

L’appel aux capitaux privés était un autre thème majeur du sommet. Selon le vice‑ministre du Commerce, Sampson Ahi, le secteur des cultures ligneuses n’est plus seulement un exportateur de matières premières mais une plateforme industrielle avec un potentiel d’accès à un marché mondial de plus de 300 milliards de dollars en produits transformés. Il a souligné l’importance de renforcer la transformation locale pour capturer une part significative de ce marché et augmenter les marges nationales.
Dans ce contexte, des responsables comme Simon Madjie, PDG du Ghana Investment Promotion Centre (GIPC), ont encouragé des investissements stratégiques dans des chaînes de valeur sous‑développées, telles que celle de la noix de coco, qui offre selon lui des opportunités encore largement inexploitées.
Le sommet a aussi servi à mettre en lumière les impacts sociaux et environnementaux de cette transformation. L’élévation du taux de transformation locale — visée entre 50 % et 60 % pour des cultures comme l’anacarde, l’huile de palme et le caoutchouc — doit favoriser l’émergence d’emplois dans la transformation agro‑industrielle, des activités logistiques aux services annexes, tout en améliorant les revenus ruraux.
Par ailleurs, des voix présentes à Accra ont souligné l’importance de renforcer la participation des femmes et des communautés rurales dans les chaînes de valeur, insistant sur une croissance inclusive qui tienne compte des savoir‑faire locaux autant que des besoins en financement, en formation et en accès aux marchés.
Un catalyseur
Le GTCIS 2026 a agi comme un catalyseur pour repositionner les cultures pérennes ghanéennes comme un secteur stratégique pour l’avenir de l’économie du pays. La projection de 12 milliards de dollars de revenus annuels d’ici 2030, le renforcement des cadres légaux et l’orientation vers une agro‑industrialisation durable représentent un changement de paradigme ambitieux, mais cohérent avec les défis du XXIᵉ siècle.
Cependant, des défis structurels persistent : la nécessité d’un meilleur encadrement réglementaire, une infrastructure de transformation efficace, et l’attraction de financements longs termes adaptés aux cycles agricoles restent des priorités pour concrétiser pleinement la vision définie à Accra.
En fin de compte, le GTCIS s’est révélé être bien plus qu’un simple sommet : il a posé les fondations d’un nouveau modèle de développement agricole, fondé sur la valeur ajoutée, l’investissement responsable et l’intégration régionale, dans lequel le Ghana cherche à jouer un rôle de pionnier industriel et agricole en Afrique de l’Ouest.



