Ferdaous Idlahcen : “En Afrique, l’excellence scientifique est aussi féminine”
À l’occasion de la Journée internationale des femmes et des filles de science, célébrée le 11 février, Ferdaous Idlahcen, doctorante à l’UM6P, souligne l’importance d’encourager les jeunes chercheuses africaines. Pour elle, investir dans les femmes en science ne relève pas de la simple représentation : c’est une nécessité pour relever les défis complexes du continent et produire une recherche innovante, inclusive et tournée vers l’impact sociétal.
Par Ferdaous Idlahcen*
Chaque 11 février, la Journée internationale des femmes et des filles de science nous invite à regarder la recherche scientifique autrement : non seulement comme un moteur d’innovation et de progrès, mais aussi comme un espace qui doit refléter la diversité des talents qu’il mobilise. Cette journée n’est pas symbolique. Elle est un rappel nécessaire : le potentiel scientifique mondial ne peut être pleinement réalisé tant que les femmes restent sous-représentées, sous-reconnues ou insuffisamment soutenues dans les carrières de recherche.
Le continent regorge de talents féminins capables de produire une science d’excellence, ancrée dans les réalités locales et tournée vers l’impact sociétal
À l’échelle mondiale, les femmes représentent encore moins d’un tiers des chercheurs. En Afrique, les défis sont amplifiés par des obstacles structurels : accès inégal aux formations scientifiques avancées, manque de modèles féminins visibles, contraintes sociales persistantes, ou encore faible intégration des femmes dans les écosystèmes de recherche de pointe. Pourtant, le continent regorge de talents féminins capables de produire une science d’excellence, ancrée dans les réalités locales et tournée vers l’impact sociétal.
Mon parcours de recherche, à l’intersection des biotechnologies médicales, des mathématiques, de l’informatique et de l’intelligence artificielle appliquée à la santé, s’inscrit précisément dans cette dynamique. Travailler aujourd’hui sur l’analyse cytologique et l’identification de biomarqueurs d’imagerie liés à la résistance aux traitements, tout en plaidant pour une intelligence artificielle responsable et sûre dans les contextes cliniques africains, n’est possible que grâce à des environnements académiques qui encouragent l’interdisciplinarité, l’audace scientifique et l’inclusion.
À cet égard, l’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P) joue un rôle central pour répondre aux enjeux listés précédemment. En quelques années, l’UM6P s’est imposée comme un pôle majeur de recherche et d’innovation en Afrique, capable de rivaliser avec les meilleurs standards internationaux tout en restant profondément ancrée dans les enjeux du continent. Son modèle repose sur une conviction forte : l’excellence scientifique ne peut être dissociée de l’ouverture, de la diversité et de l’impact.
L’Afrique a besoin de plus de femmes scientifiques, non pas par souci de représentation symbolique, mais parce que la complexité des défis auxquels nous faisons face exige une pluralité de regards, de parcours et de sensibilités
L’engagement de l’UM6P en faveur de l’intégration des femmes dans la recherche se traduit par des actions concrètes et durables. Elle se traduit concrètement par l’accès à des formations de haut niveau, des infrastructures de pointe, des collaborations internationales, et surtout par un environnement où les jeunes chercheuses sont encouragées à prendre des responsabilités, à diriger des projets et à porter des visions scientifiques ambitieuses. Être doctorante, femme et scientifique dans un tel cadre change profondément la trajectoire possible d’une carrière.
L’Afrique a besoin de plus de femmes scientifiques, non pas par souci de représentation symbolique, mais parce que la complexité des défis auxquels nous faisons face — santé, climat, énergie, agriculture, technologies émergentes — exige une pluralité de regards, de parcours et de sensibilités. Les femmes apportent des approches complémentaires, souvent plus transdisciplinaires, et une attention particulière à l’impact social et éthique de la recherche, notamment dans des domaines sensibles comme la santé et l’intelligence artificielle.
À l’heure où la science se mondialise et où les collaborations internationales s’intensifient, il est essentiel que les chercheuses africaines puissent être pleinement actrices de cette dynamique, depuis le continent et pour le continent
À l’heure où la science se mondialise et où les collaborations internationales s’intensifient, il est essentiel que les chercheuses africaines puissent être pleinement actrices de cette dynamique, depuis le continent et pour le continent. Les distinctions internationales, les mobilités académiques et les reconnaissances scientifiques sont importantes, mais elles prennent tout leur sens lorsqu’elles s’inscrivent dans une vision collective : celle d’une Afrique productrice de savoir, innovante, et inclusive.
En ce 11 février, il est temps de réaffirmer une évidence trop souvent négligée : investir dans les femmes en science, c’est investir dans la qualité, la pertinence et la durabilité de la recherche. Les institutions comme l’UM6P montrent que lorsque l’excellence rencontre l’inclusion, la science devient un véritable levier de transformation pour les sociétés africaines.*Ferdaous Idlahcen, est doctorante à la Faculté des sciences médicales et hôpitaux UM6P, spécialisée en biotechnologie médicale, mathématiques et informatique. Elle mène des recherches sur la cytologie et l’analyse par IA des tissus gynécologiques pour identifier des biomarqueurs liés à la résistance aux traitements, tout en promouvant une IA sûre en Afrique. Lauréate de distinctions internationales, dont le Prix L’Oréal–UNESCO 2025, elle est reconnue pour l’excellence et l’impact sociétal de ses travaux.



