A la uneActualité

Elearning – “Il y a 700 000 développeurs en Afrique, il en faudrait 4 millions”

Fondateur de Ogooué Labs, laboratoire d’innovation dont le but est de faire du continent Africain “l’usine numérique du monde”, Sylvère Boussamba lance en cette rentrée 2022, le programme Qwasar au Gabon. Sur les standards de la Silicon Valley, cette formation complètement en ligne forme les développeurs de haut niveau dont le continent a cruellement besoin. Interview. 

Propos recueillis par Mérième Alaoui

Lire la suite : Elearning – “Il y a 700 000 développeurs en Afrique, il en faudrait 4 millions”

Vous avez fondé les écoles 241, sur le modèle de la célèbre école numérique “42” de Xavier Niel à Paris. Pour la rentrée 2022, vous lancez une nouvelle université avec la plateforme totalement en ligne Qwasar. Pouvez-vous expliquer le concept ? 

Sylvère Boussamba : L’École 241 et StartX 241 forment depuis 2018, des personnes aux métiers et à l’entrepreneuriat du numérique. Donc la possibilité d’être autonomes financièrement grâce à certaines formations gratuites, mais avec des places limitées. Ces écoles sont en présentiel ou en mode hybride. 

Mais cette fois nous optons sur du 100% e-learning pour toucher le maximum de monde, de façon même illimitée. Avec une pédagogie novatrice. École 241 Business, c’est la première université offrant plusieurs programmes complètement en ligne. 

Qwasar est née dans la Silicon Valley, son cofondateur et CEO (déjà cofondateur de l’école 42), Kwamé Yamgnane, a des origines togolaises. Il avait à cœur de déployer cette plateforme de formation sur le continent africain pour rattraper le retard sur le nombre de développeurs dans le monde. Il y a 700 000 développeurs en Afrique, il en faudrait 4 millions aujourd’hui. (Le nombre a légèrement augmenté de 3,8 % pour atteindre 716 000 en 2021, d’après l’Africa Developer Report de Google NDLR)

C’est donc l’objectif principal : former au plus vite une armée de développeurs ? 

Dans les marchés émergents, les meilleurs développeurs sont aujourd’hui en Chine et en Inde. L’Afrique subsaharienne commence à être bien représentée grâce à une importante communauté qui vient du Nigéria, du Kenya et d’Afrique du Sud. On observe facilement que le boom de l’économie numérique dans un pays, coïncide avec le nombre de développeurs. Cette pénurie persiste alors que le métier offre de bons salaires et des perspectives dans le continent. 

À partir du Gabon, où je travaille, nous pilotons une dynamique pour ouvrir d’autres écoles avec quelques pays d’Afrique centrale. Nous avons tissé des partenariats avec le Cameroun, la Guinée équatoriale, le Tchad, le Congo Brazzaville et Kinshasa… L’Institut de Technologie Jacky Felly Nafack Institute of Technology (JFN-IT) de Douala a signé en premier un accord avec Qwasar Silicon Valley, accord dont nous bénéficions aujourd’hui au Gabon.

L’université en ligne Qwasar Silicon Valley est payante, 1 500 000 FCFA environ 2 286 euros, pour 12 mois de cours. Mais le métier est tellement en tension, qu’avec l’institution de microfinance “SFE”, nous avons mis en place un prêt étudiant, assorti d’une promesse d’embauche. Une fois le jeune diplômé, il intègre directement une entreprise prête à l’embaucher pour rembourser son prêt. 

“L’école du 21ème siècle, ne veut plus transmettre le savoir mais tester les compétences pour résoudre des cas pratiques”. 

Qwasar est sur les standards de la Silicon Valley, quels sont-ils ? 

Bien plus que l’enseignement à distance, vous proposez une pédagogie particulière, pour coller au 21ième siècle… 

Oui le standard de l’e-learning habituel ce sont des cours vidéos, des notes, puis des tests intermédiaires pour valider le contenu des cours, puis un test final… C’est finalement basé sur une pédagogie très old school : mémorisation et répétition avec ou sans pratique, donc sans développement de compétences. On souhaite utiliser l’engagement et s’appuyant sur la motivation de l’apprenant à vouloir résoudre des problèmes ou des projets à réaliser par et pour lui-même. Donc il n’y a pas de cours mais des microprojets qu’on monte, résolve avec le code. Et ce, avec des projets individuels et collectifs. Le niveau de difficulté et le niveau de correction projets, ont le niveau de complexité et d’exigence des entreprises de la Silicon Valley.

Que veut dire le concept de peer learning ? 

Il n’y a pas de cours, mais il n’y a pas de professeur non plus. Le savoir, il faut aller le chercher soi-même en ligne, ou dans les bibliothèques. 

L’école du 21ème siècle, ne veut plus transmettre le savoir mais tester les compétences pour résoudre des cas pratiques. Avec cette méthode, on s’auto-évalue par ses pairs. Un apprenant du Gabon peut-être évalué par un autre dans la Silicon Valley par exemple. Cette méthode donne de très bons résultats rapides. On offre aussi une diversité de cultures, d’approches. On met en contact des personnes qui ne devaient pas se rencontrer. À cause de la distance géographique, de la couleur de la peau, du milieu social. C’est très important quand on crée du code, car l’algorithme a besoin de diversité. De coller le plus possible à des personnes différentes. À tout cela, on ajoute de la gamification pour rendre ludique l’apprentissage. Pour rappel, le peer learning permet de retenir 90% de la connaissance partagée, comparé à un cours magistral qui ne permet de retenir qu’à 10%.

Cette méthode très innovante est-elle révolutionnaire au regard des autres programmes d’e-learning ? 

Oui. L’Afrique a ce qu’on appelle “l’avantage du dernier”. Quand on démarre, on démarre presque de rien mais avec les toutes dernières innovations. Cela nous fait avancer très vite et rattraper le retard sur ceux qui ont du mal à changer de méthode. Nous donnons beaucoup d’importance aussi au projet. Le jeune doit quasiment avoir une idée de start-up, ou un projet personnel. C’est ce qui le fera avancer. S’il n’en a pas, on l’incite à proposer ses services. Par exemple,  demander aux médecins de la clinique du coin, s’ils veulent améliorer leur logiciel…  On fait aussi appel à la culture de la débrouille africaine. Qu’on soit diplômé ou pas, qu’on ait de l’argent ou pas, un projet précis ou pas, tous ont la même chance. Il suffit de travailler dur. 

Si le retard est rattrapé, qu’est-ce que cela pourrait changer pour le continent ? 

Cette révolution numérique est une pure bénédiction pour les Africains. Grâce à ses idées, la jeunesse africaine arrive à lever de l’argent, en 2021 nous avons eu une explosion de levée de fonds avec 5 milliards de dollars. D’après le rapport Partech Africa, l’écosystème de la Tech africaine à la croissance la plus rapide au monde. L’Afrique compte déjà plusieurs licornes. Il y a un vrai espoir pour la jeunesse grâce au digital. 

La population africaine est très jeune, avec une moyenne d’âge de 19 ans, dans 10 ans la génération des digital natives, fera partie de la population active, elle va imposer sa manière très digitale de consommer et de payer aux entreprises du 20ème siècle, qui pour se transformer en entreprise du 21ème siècle, auront besoin de recruter massivement des professionnels du numérique bien formés.

Articles similaires

Bouton retour en haut de la page