Douglas Mbiandou : “Le numérique peut transformer l’agriculture africaine si… ”
Le numérique est un levier puissant pour moderniser l’agriculture africaine, attirer les jeunes vers le secteur et offrir de nouvelles opportunités aux femmes rurales. Douglas Mbiandou, président de l’association 10.000 Codeurs, explique comment sensibilisation, formation et accompagnement personnalisé permettent d’augmenter la productivité et de créer un impact concret dans les communautés agricoles.

Comment le numérique peut-il accompagner le secteur agricole en Afrique ?
L’Afrique est majoritairement rurale et agricole. Le numérique est un vecteur reconnu d’augmentation de la productivité dans tous les secteurs. Dans l’agriculture, il peut améliorer l’ensemble de la chaîne de valeur, de la production à l’assiette. Le problème aujourd’hui, c’est que les jeunes perçoivent souvent l’agriculture comme un secteur archaïque. Nous travaillons donc sur la sensibilisation et l’acculturation : faire comprendre aux jeunes et aux acteurs agricoles que la technologie peut rendre leur travail plus productif et attractif. Par exemple, nous proposons aux entrepreneurs agricoles d’AGM Network d’acquérir des compétences numériques qui leur permettent d’optimiser leur production et de valoriser leurs produits.
Pourquoi l’agri-tech ne progresse-t-elle pas aussi rapidement que la fintech par exemple en Afrique ?
Il y a un double fossé : d’un côté, les agriculteurs, peu familiers avec la technologie, et de l’autre, les jeunes tech-savvy, peu sensibilisés aux métiers agricoles. La fintech touche tout le monde et parle à chacun, alors que l’agri-tech nécessite un apprentissage de l’agriculture et de la technologie simultanément. Notre rôle est de créer des ponts grâce à des partenariats stratégiques et des programmes d’acculturation. Nous travaillons avec AGM pour former les acteurs agricoles à l’usage concret des outils numériques afin d’améliorer leur productivité.
Comment le numérique peut également répondre aux défis de l’entrepreneuriat féminin agricole ?
Les femmes sont au cœur de l’agriculture africaine, mais elles manquent souvent d’accès à l’information, aux financements et aux outils numériques. Le numérique peut leur offrir un levier puissant en termes d’acculturation, d’accompagnement personnalisé et d’optimisation de la productivité. Nous proposons aux femmes agricoles de décrocher la certification Passeport numérique 10 000 Coder, qui combine sensibilisation aux usages du numérique, connaissance des métiers liés au digital et vulgarisation des technologies comme l’intelligence artificielle ou la blockchain. Ensuite, nous les accompagnons individuellement pour appliquer ces compétences au marketing de soi, à la valorisation de leurs produits et à l’amélioration de leur productivité.
C’est le partenariat initié avec AGM : Quel type d’accompagnement concret proposez-vous aux femmes agricoles ?
Il y a deux volets principaux. Le premier est l’acculturation : au sortir de ce programme, elles sauront parler du numérique avec plus d’aisance et comprendre comment l’utiliser pour améliorer leur activité. Le second est l’accompagnement individuel, qui inclut le marketing de soi et l’optimisation de leur business grâce à des outils numériques et l’intelligence artificielle. Elles apprennent à créer une présence en ligne, produire des contenus attractifs pour valoriser leurs produits et accroître leur visibilité auprès d’investisseurs et partenaires.
Finalement, quelles actions doivent être entreprises, et par qui, pour que le numérique devienne un véritable levier du développement agricole en Afrique ?
C’est une mission de service public. Les pouvoirs publics doivent comprendre que la sensibilisation massive des femmes dans l’agriculture augmente la productivité et contribue au PIB national. Mais il ne faut pas attendre uniquement des États : il faut créer des communautés où jeunes, adultes en reconversion, acteurs ruraux et urbains peuvent acquérir des compétences numériques et les appliquer localement. L’impact se fait sur trois dimensions : individuellement, chaque participant obtient la certification et comprend l’usage du numérique ; territorialement, le numérique permet de dynamiser les zones rurales et de retenir les talents locaux ; et nationalement, il contribue à la souveraineté et à la résilience du pays. En combinant formation, accompagnement et technologie, il est possible de transformer l’agriculture africaine, autonomiser les femmes et attirer les jeunes vers ce secteur à fort potentiel.



