Corruption : L’Afrique progresse… timidement
Le dernier rapport de Transparency International sur l’Indice de perception de la corruption (CPI), récemment publié, offre un portrait contrasté de la lutte contre la corruption en Afrique. Entre pays qui progressent, stagnation inquiétante et reculs nets, la gouvernance publique demeure un facteur déterminant de confiance citoyenne, de développement économique et d’attractivité pour les investisseurs. Analyse.
Le Corruption Perceptions Index (CPI) de Transparency International classe chaque année 180 pays et territoires selon la perception de la corruption dans le secteur public, sur une échelle de 0 à 100 — 0 indiquant une forte corruption perçue, 100 une absence quasi totale de corruption. Le rapport 2025, rendu public en février 2026, montre que l’Afrique reste globalement en dessous de la moyenne mondiale, mais qu’elle connaît certaines évolutions.

Les Seychelles en tête
À l’échelle africaine, les disparités sont importantes mais certaines performances remarquables ressortent. Dans les régions subsahariennes analysées, les Seychelles se distinguent comme le pays africain le mieux perçu, avec un score de 68 sur 100, suivi de Cabo Verde (62), Botswana (58) et Rwanda (58), démontrant que des efforts de transparence et de responsabilité institutionnelle peuvent porter leurs fruits. À l’inverse, plusieurs pays africains figurent parmi les scores les plus bas du monde. Selon le CPI 2025, la Somalie et le Soudan du Sud se retrouvent au bas du classement mondial, tous deux avec un score de 9/100, reflétant des défis structurels persistants tels que l’instabilité politique, l’absence de mécanismes de contrôle efficaces et la faiblesse des systèmes judiciaires.
La corruption reste une menace majeure pour la stabilité, le développement et la démocratie
Le rapport souligne que l’Afrique subsaharienne détient la moyenne régionale la plus faible, autour de 32/100, ce qui en fait la zone la plus affectée par la perception de corruption au monde. Cette situation s’explique, selon Transparency International, par des institutions fragiles, des systèmes de surveillance déficients et des contraintes sur l’espace civique, facteurs qui minent la responsabilité publique et la transparence.
L’impact de ces niveaux de corruption perçue dépasse les seuls classements. De faibles scores du CPI sont régulièrement associés à une moindre attractivité pour les investisseurs internationaux, car ces derniers considèrent la transparence et l’état de droit comme des éléments essentiels de leur prise de décision économique. Dans un contexte où l’Afrique cherche à attirer davantage d’investissements directs étrangers pour stimuler la croissance, ces perceptions constituent un frein notable à la confiance des marchés financiers. Bien que le rapport ne fournisse pas une estimation chiffrée précise des pertes économiques liées à la corruption pour l’Afrique, il insiste sur le fait que la corruption reste une menace majeure pour la stabilité, le développement et la démocratie.
Plus de deux tiers des pays sont en dessous de 50, ce qui indique des problèmes sérieux de corruption dans la plupart des régions du monde
L’analyse de Transparency International met également l’accent sur l’importance de protéger l’espace civique, notamment la liberté d’expression, d’opinion et d’association. Le rapport note que la dégradation de ces libertés est souvent liée à une augmentation de la perception de la corruption, car elle affaiblit la capacité des médias et des acteurs de la société civile à surveiller les abus de pouvoir et à exiger des comptes des dirigeants. Ainsi, des pressions sur la liberté des médias, des restrictions sur les organisations indépendantes ou une justice peu indépendante sont identifiées comme des facteurs qui aggravent les niveaux de corruption perçue.
Renforcer l’indépendance judiciaire, la transparence du financement politique, la liberté des médias et la lutte contre les flux financiers illicites
Des voix expertes confirment ces constats. Comme le souligne Transparency International dans son communiqué : « plus de deux tiers des pays sont en dessous de 50, ce qui indique des problèmes sérieux de corruption dans la plupart des régions du monde », et l’organisation appelle les dirigeants à renforcer l’indépendance judiciaire, la transparence du financement politique, la liberté des médias et la lutte contre les flux financiers illicites — autant de mesures considérées comme essentielles pour inverser les tendances observées en 2025.
Certaines initiatives offrent toutefois des motifs d’espoir. Au Rwanda, le score de 46/100 s’explique par des réformes de transparence et de responsabilité, notamment la digitalisation des services publics et la publication en temps réel des marchés publics, réduisant les possibilités de pratiques opaques. Au Maroc, des mécanismes de suivi des déclarations d’intérêt des hauts fonctionnaires ont été introduits pour diminuer les conflits d’intérêts. Ces exemples illustrent que des réformes structurelles et des innovations institutionnelles peuvent jouer un rôle positif dans l’amélioration de la gouvernance.
Placer la transparence au cœur de l’agenda africain
Par ailleurs, des cadres régionaux comme la Stratégie continentale de lutte contre la corruption de l’Union africaine et l’intégration de normes anti‑corruption dans des accords régionaux tels que la ZLECAf (Zone de libre‑échange continentale africaine) s’efforcent de placer la transparence au cœur de l’agenda africain. Des sanctions, un renforcement des institutions et une coopération régionale accrue sont présentés par les experts comme essentiels pour transformer ces ambitions en résultats mesurables.
Ceci dit, le rapport 2025 de Transparency International met en garde contre une vision trop pessimiste et invite à voir l’Afrique non seulement comme une région en difficulté, mais aussi comme un terrain où des réformes ciblées et une société civile dynamique peuvent jouer un rôle décisif dans la réduction durable de la corruption perçue.
Consulter le rapport : Corruption Perceptions Index (CPI)



