Africa’s AI Revolution : l’intelligence artificielle, nouveau moteur de croissance du continent
Un rapport de la Banque africaine de développement projette jusqu’à 1 000 milliards de dollars de PIB additionnel d’ici 2035 si l’Afrique déploie l’intelligence artificielle de manière inclusive. Agriculture, industrie, finance ou santé : l’IA pourrait transformer la productivité et accélérer une croissance plus équitable, à condition d’agir vite et de lever plusieurs freins structurels.

L’Afrique pourrait être l’un des grands gagnants de la révolution mondiale de l’intelligence artificielle. C’est le message central d’un rapport publié le 12 décembre 2025 par la Banque africaine de développement, intitulé Africa’s AI Productivity Gain: Pathways to Labour Efficiency, Economic Growth and Inclusive Transformation. Élaborée dans le cadre du G20 Digital Transformation Working Group, l’étude dresse une feuille de route stratégique pour exploiter le potentiel économique et social de l’IA sur le continent.
Réalisée par le cabinet de conseil Bazara Tech, l’analyse estime qu’un déploiement inclusif de l’intelligence artificielle pourrait générer jusqu’à 1 000 milliards de dollars de PIB supplémentaire d’ici 2035, soit près d’un tiers de la production économique actuelle du continent. Une projection ambitieuse, mais que la BAD juge crédible au regard des dynamiques démographiques, numériques et sectorielles à l’œuvre en Afrique.
Une croissance portée par des secteurs clés
Contrairement à une diffusion uniforme de l’IA dans l’économie, le rapport montre que les gains seront fortement concentrés dans quelques secteurs à fort impact. Cinq domaines prioritaires concentreraient à eux seuls 58 % des bénéfices attendus, soit environ 580 milliards de dollars à l’horizon 2035.
L’agriculture arrive en tête, avec 20 % des gains potentiels. L’IA y est perçue comme un levier majeur pour améliorer les rendements, optimiser l’irrigation, anticiper les aléas climatiques et renforcer la sécurité alimentaire. Viennent ensuite le commerce de gros et de détail (14 %), où l’IA peut transformer la logistique, la gestion des stocks et la relation client. La manufacture et l’Industrie 4.0 représenteraient 9 % des gains, devant la finance et l’inclusion financière (8 %) et la santé et les sciences de la vie (7 %).
Selon le rapport, ces secteurs combinent trois atouts déterminants : un poids économique significatif, une capacité réelle d’adoption des technologies d’IA et un fort potentiel d’impact inclusif, notamment en matière d’emplois et de services essentiels.
Investir maintenant pour capter le dividende de l’IA
Pour la Banque africaine de développement, l’enjeu n’est plus théorique. « Nous avons défini dans ce rapport les actions clés et les domaines où l’implémentation doit commencer en priorité », explique Nicholas Williams, Manager de la division des opérations TIC à la BAD. « La Banque est prête à mobiliser des investissements pour soutenir ces actions. Nous attendons du secteur privé et des gouvernements qu’ils s’en saisissent afin de générer les gains de productivité identifiés et de créer des emplois de qualité. »
Cette approche traduit un changement de posture : l’IA n’est plus perçue comme un luxe technologique, mais comme un outil stratégique de développement, capable de soutenir la transformation structurelle des économies africaines.
Cinq piliers pour réussir la révolution de l’IA
Le rapport insiste sur le fait que le potentiel de l’IA ne pourra être réalisé sans un socle solide de prérequis. Cinq facteurs interconnectés sont identifiés comme essentiels : les données, la capacité de calcul (compute), les compétences, la confiance et le capital.
Des données fiables et interopérables constituent la base de toute solution d’IA performante. À cela s’ajoutent des infrastructures de calcul évolutives, indispensables pour déployer les technologies à grande échelle. Le développement des compétences locales est également central, afin de concevoir, maintenir et adapter les systèmes d’IA aux réalités africaines. La confiance, fondée sur des cadres de gouvernance et de régulation adaptés, conditionne l’adoption par les citoyens et les entreprises. Enfin, l’accès au capital est jugé crucial pour réduire les risques liés à l’innovation et accélérer le passage à l’échelle.
Pris ensemble, ces leviers doivent, selon le rapport, « favoriser un cycle vertueux de croissance tirée par l’IA ».
Une feuille de route en trois temps
Pour structurer cette montée en puissance, la BAD propose une trajectoire en trois phases. La période d’amorçage (2025-2027) vise à poser les bases institutionnelles et techniques. La phase de consolidation (2028-2031) doit permettre d’ancrer les usages et d’élargir les déploiements sectoriels. Enfin, la phase de montée à l’échelle (2032-2035) ambitionne de diffuser pleinement les bénéfices de l’IA à l’ensemble de l’économie.
« Atteindre les premiers jalons dès 2026 mettra en mouvement le volant de l’IA africaine », souligne Ousmane Fall, Directeur du développement industriel et commercial à la BAD. « Le défi de l’Afrique n’est plus de savoir quoi faire, mais de le faire à temps. »
Un enjeu de compétitivité et de souveraineté
Au-delà des chiffres, le rapport pose une question stratégique : celle de la place de l’Afrique dans l’économie mondiale de demain. En maîtrisant l’intelligence artificielle, le continent peut non seulement gagner en productivité, mais aussi renforcer sa souveraineté technologique, réduire certaines dépendances et proposer des solutions adaptées à ses propres défis.
La révolution de l’IA en Afrique n’est donc pas seulement une promesse de croissance. Elle est aussi un test de coordination entre États, institutions financières, secteur privé et écosystèmes d’innovation. Le potentiel est là ; reste à transformer cette vision en réalité concrète.



