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Accra, laboratoire d’une nouvelle Afrique en pleine croissance

Après la crise de 2022 marquée par un défaut de paiement et une inflation record, le Ghana affiche en 2025-2026 des indicateurs macroéconomiques en nette amélioration. Désinflation rapide, rebond du cedi, excédent courant et recettes aurifères en forte hausse redessinent le paysage économique. Reste à transformer cette stabilisation en croissance durable et diversifiée…

Il y a des pays qui subissent les crises, et d’autres qui s’en servent comme tremplin. Le Ghana, après le défaut partiel sur sa dette en 2022 et une inflation culminant à 54,1 % en décembre (Ghana Statistical Service), s’efforce aujourd’hui de s’inscrire dans cette seconde catégorie. Avec le soutien d’un programme du Fonds monétaire international (FMI) de 3 milliards de dollars approuvé en 2023, le pays a entamé un rééquilibrage rigoureux.  

L’histoire du Ghana n’est plus celle de la crise économique, mais celle du redressement et du renouveau

Trois ans plus tard, les premiers résultats sont tangibles. « L’histoire du Ghana n’est plus celle de la crise économique, mais celle du redressement et du renouveau », déclarait le ministre des Finances, Cassiel Ato Forson, lors de la présentation du budget 2026. Promettant : le Ghana est « de retour, fort, crédible et ouvert pour les affaires ». Sur sa feuille de route,  bonne gouvernance et lutte contre la corruption, au cœur de la campagne du président Mahama qui avait axé sa campagne sur les enjeux économiques.

Une résilience confirmée par les indicateurs extérieurs

Pour l’heure, les chiffres sont au vert.  La Banque du Ghana confirme une inflation tombée à 3,8 % en janvier 2026, son plus bas niveau depuis 2021, après treize mois de ralentissement consécutifs. Le cedi, stabilisé et en forte appréciation (+36 % face au dollar sur la période), reflète ce regain de confiance.

Selon le FMI, le Ghana a enregistré un excédent du compte courant de 3 % du PIB à fin juin 2025, contre 1,8 % un an plus tôt, et les réserves internationales brutes ont atteint 9 milliards de dollars, soit 3,5 mois d’importations. Un signal fort dans un contexte africain marqué par l’incertitude. 

Pour Dr. Prosper Adiko, économiste à l’Université du Ghana : « Ces chiffres montrent que le Ghana n’est pas seulement en train de revenir de la crise : il est en train de redéfinir sa trajectoire économique. Mais la prudence reste de mise, car la dépendance à l’or et aux matières premières reste un facteur de vulnérabilité. »

L’or, pilier et dépendance

Premier producteur d’or d’Afrique, le Ghana a presque doublé ses recettes aurifères en 2025, pour atteindre 20,9 milliards de dollars selon la Bank of Ghana, avec une production de 6 millions d’onces (Ghana Chamber of Mines). L’or représente environ 67 % des exportations nationales, un poids à la fois moteur et risque. La mise en place du Ghana Gold Board (GoldBod) vise à formaliser et mieux contrôler la chaîne de valeur, notamment l’exploitation artisanale.

« La formalisation de l’or artisanal permet de sécuriser les recettes tout en renforçant la traçabilité et la captation de devises », explique Ernest Kwarteng, analyste à GoldBod. Le FMI souligne toutefois que les coûts liés au Domestic Gold Purchase Program et aux activités du GoldBod ont représenté 0,2 % du PIB au troisième trimestre 2025, rappelant l’importance d’une intégration transparente de ces dépenses dans le budget national.

Diversification et ambitions régionales

Si l’or reste un pilier, d’autres secteurs prennent le relais. Le pétrole et le gaz contribuent aux recettes. De même, le pays est le deuxième producteur mondial de cacao, avec un secteur agricole dynamique qui alimente tant les exportations que l’agro-business local. Le secteur de la logistique et des transports se développe pour connecter les ports et améliorer le commerce régional, tandis que la technologie et les services numériques gagnent en importance, soutenant l’entrepreneuriat et les start-ups locales. Selon Ama Agyemang, analyste économique à Accra : « Diversifier, ce n’est pas seulement vendre autre chose que de l’or ; c’est construire des chaînes de valeur qui génèrent des emplois et de la richesse dans tout le pays. »

le Ghana doit être un hub pour l’Afrique de l’Ouest, non seulement pour ses ressources naturelles, mais aussi pour son capital humain et son entrepreneuriat

La présence du secrétariat de la ZLECAf à Accra conforte le pays comme plateforme régionale stratégique. Les investissements publics massifs dans les infrastructures, comme les 30 milliards de cedis prévus pour les routes en 2026, visent à réduire les coûts logistiques et à renforcer l’intégration régionale.

Pour le président John Dramani Mahama, « le Ghana doit être un hub pour l’Afrique de l’Ouest, non seulement pour ses ressources naturelles, mais aussi pour son capital humain et son entrepreneuriat ».

Ghana, un pays qui séduit au-delà de l’économie

Accra n’est pas seulement un centre d’affaires et un hub économique : c’est aussi un laboratoire culturel et touristique qui attire Africains et diaspora. Entre la musique afrobeat qui résonne dans les rues, les marchés colorés comme Makola, les cafés et galeries branchés, et les festivals qui célèbrent l’art et le patrimoine, la capitale dégage un vrai « way of life ». Le gouvernement mise sur ce soft power pour renforcer l’attractivité du pays : depuis 2019, avec le programme « Year of Return », plus de 1 000 Afro-Américains se sont installés au Ghana, et de nombreux voyageurs africains découvrent le pays comme une destination culturelle et sécurisée. Comme le souligne un journaliste: « Le Ghana n’attire pas seulement par ses chiffres, mais par son histoire, sa culture et son accueil. C’est un pays où l’on a envie de vivre, d’investir et de revenir. »

En route vers une croissance durable

Reste des nuages à l’horizon. A commencer par celui de la dette extérieure qui reste élevée, à 29,53 milliards de dollars fin septembre 2025, et la dépendance aux matières premières expose l’économie aux fluctuations des cours mondiaux. Les disparités régionales en matière d’inflation — de 2,6 % dans la région de Savannah à 11,2 % dans le North East — soulignent que la stabilité macroéconomique ne résout pas tous les déséquilibres structurels.

Le vrai enjeu pour 2026 est de transformer cette discipline fiscale et monétaire en une croissance inclusive

Pour Dr. Selina Adu-Gyamfi, consultante en politiques économiques à Accra, « le vrai enjeu pour 2026 est de transformer cette discipline fiscale et monétaire en une croissance inclusive, qui bénéficie à toutes les régions et à tous les secteurs ».

En attendant, selon les projections du Fonds monétaire international, le Ghana deviendrait la 8ᵉ économie d’Afrique en 2026 avec un PIB nominal estimé à 113,49 Mds $, contre env. 108,1 Mds $ en 2025 (+4,8 %). Une dynamique portée par l’or, le cacao, le pétrole et les services malgré la pression de la dette.

Ces chiffres confirment un redressement réel, mais fragile. La question centrale reste la transformation : convertir la stabilisation en diversification productive, renforcer la gouvernance budgétaire et consolider la crédibilité financière, sans retomber dans les déséquilibres passés.

Le Ghana avance désormais sur une ligne étroite : rigueur aujourd’hui, croissance durable demain.

Chiffres clés

PIB nominal113,49 milliards $ (FMI, 2026) 
Inflation (CPI)3,8 % (janvier 2026, Bank of Ghana 
Dette extérieure29,53 milliards $ (sept.2025, Bank of Ghana)
Exportations d’or20,9 milliards $ (Bank of Ghana)    
Production d’or6 millions d’onces (2025, Ghana Chamber of Mines) 
Part de l’or dans les exportations~67 % (2025, Bank of Ghana) 
Réserves internationales brutes9 milliards $ (oct. 2025, Bank of Ghana)
Excédent du compte courant3 % du PIB (juin 2025, FMI)
Investissements publics routiers30 milliards cedis (Budget 2026 officiel) 

Lire le dossier intégral dans notre ANAMag special Ghana : Au cœur de l’innovation  africaine

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