L’Afrique officiellement membre du G20 : une victoire et des défis
L’Afrique est officiellement membre à part entière du G20. Une avancée majeure qui cache bien des défis auxquels les pays africains font face dans un contexte marqué par le changement climatique, les questions énergétiques…

« Être systématiquement invité ne suffit plus…Primo, un siège attribué à une organisation collective n’aurait rien d’incongru, le G20 étant en réalité composé de dix-neuf pays auxquels s’ajoute l’Union européenne. Secundo, il s’agirait moins d’une faveur que d’une évidence géopolitique pourvoyeuse de légitimité et d’autorité ». C’est en ces termes que Macky Sall, ancien président de l’Union africaine plaidait la cause de l’Afrique pour un siège officiel au G20. Avec plus de 15% des 8 milliards d’individus qui constitue la population mondiale, l’Afrique ne pouvait guère se contenter de ce statut « d’éternel invité » et de la seule Afrique du Sud au G20. Aujourd’hui que l’adhésion est actée, qu’est-ce qui va changer ? « L’entrée de l’Union africaine au G20 va offrir une voix et une visibilité à l’Afrique, continent qui affiche aujourd’hui la croissance la plus rapide, et lui permettra de faire valoir ses intérêts et ses points de vue au sein de l’instance », c’est l’avis du président kényan, William Ruto.
Mais cette adhésion intervient dans un contexte mondial marqué par les effets néfastes du changement climatique qui imposent un changement radical dans l’utilisation des énergies.
Revoir le système financier mondial
Si pour les pays industrialisés la question est moins compliquée, pour les pays qui misent énormément sur l’exploitation des hydrocarbures, le virage est plus difficile à amorcer. Un sujet complexe que la participation de l’Union africaine au G20 devrait aider à mieux poser sur la table. Aujourd’hui, pour financer cette transition énergétique, les pays en développement semblent laissés à eux-mêmes. Pour cause, pour les appuyer, les pays développés s’étaient engagés à fournir 100 milliards de dollars par an de financement pour le climat. Une enveloppe qui tarde à être décaissée, alors que la question climatique devient de plus en plus pressante.
Au-delà des questions liées à l’insécurité alimentaire, le changement climatique, la transition énergétique…cette adhésion devrait permettre à l’Afrique de poser des questions cruciales liées notamment au financement des économies. Le premier ministre indien n’a pas d’ailleurs manqué de le souligner et d’interpeller les institutions de Bretton Woods. Pour Narendra Modi, cette intégration doit permettre au continent d’être mieux représenté, mais surtout de peser sur l’évolution du système financier mondial, dont il réclame des réformes urgentes, notamment de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international, qui oblige encore les pays africains à payer plus que les autres pour emprunter de l’argent, en aggravant ainsi leur dette.
Cette adhésion pour laquelle nous nous sommes mobilisés offrira un cadre propice pour amplifier le plaidoyer
Aujourd’hui, même s’il y a encore du chemin à parcourir, un pas important a été franchi, du moins dans le plaidoyer. Sur son compte Twitter, le président de la Commission de l’UA, Moussa Faki Mahamat a indiqué que « cette adhésion pour laquelle nous nous sommes mobilisés offrira un cadre propice pour amplifier le plaidoyer en faveur du continent et pour son efficace contribution à relever les défis mondiaux ». Même si l’avancée est réelle, l’Afrique devrait encore patienter sur plusieurs questions tout aussi cruciales.
La crise entre la Russie et l’Ukraine n’a que faiblement été adoptée alors qu’elle continue d’avoir des impacts réels sur les économies africaines, eu égard à leur dépendance aux céréales de ces deux pays. Le Président sud-africain, Ramaphosa n’a pas d’ailleurs manqué de rappeler que « les économies en développement sont les premières touchées par le changement climatique, alors qu’elles sont les moins responsables de cette crise ». Autant de défis et d’enjeux qui, d’une manière ou d’une autre, devront être posés sur la table. Et l’Afrique pourra compter sur sa propre voix.



