Sécurité alimentaire : l’Afrique face à l’urgence de transformer ses systèmes agroalimentaires
Réunis du 13 au 17 avril 2026 à Nouakchott à l’occasion de la 34e Conférence régionale de la FAO pour l’Afrique, les décideurs et experts internationaux placent la transformation des systèmes agroalimentaires au cœur des réponses à la crise alimentaire, dans un contexte marqué par la hausse de la faim, les chocs climatiques et les fragilités structurelles. Par la rédaction

Du 13 au 17 avril 2026, Nouakchott accueille la 34e session de la Conférence régionale de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) pour l’Afrique. Cette rencontre réunit ministres de l’Agriculture, experts, organisations internationales, secteur privé et société civile autour d’un enjeu central : accélérer la transformation des systèmes agroalimentaires pour répondre à la crise alimentaire et nutritionnelle.
Selon la FAO, cette conférence constitue la plus haute instance régionale de gouvernance de l’organisation sur le continent. Elle intervient dans un contexte où les systèmes alimentaires africains font face à des pressions multiples : croissance démographique rapide, dégradation des ressources naturelles, volatilité des marchés mondiaux et intensification des chocs climatiques.
Une crise alimentaire persistante et structurelle
Les chiffres confirment l’ampleur du défi. Selon le rapport State of Food Security and Nutrition in the World (SOFI) 2024 publié par la FAO, l’IFAD, l’UNICEF, le PAM et l’OMS, près de 735 millions de personnes souffraient de la faim dans le monde en 2023, dont une part importante en Afrique, où la tendance reste préoccupante malgré les efforts engagés.
Transformer les systèmes agroalimentaires est essentiel pour garantir la sécurité alimentaire mondiale et améliorer la résilience face aux crises
Le même rapport souligne que l’Afrique reste la région la plus touchée par l’insécurité alimentaire, avec une prévalence de la sous-alimentation supérieure à la moyenne mondiale. La FAO alerte régulièrement sur le fait que la trajectoire actuelle est incompatible avec l’objectif « Faim Zéro » à l’horizon 2030.
Comme l’a rappelé le Directeur général de la FAO, Qu Dongyu : « Transformer les systèmes agroalimentaires est essentiel pour garantir la sécurité alimentaire mondiale et améliorer la résilience face aux crises. »
Des systèmes agroalimentaires sous pression
Les systèmes agricoles africains restent largement dominés par une agriculture pluviale, ce qui les rend particulièrement vulnérables aux variations climatiques. Les sécheresses répétées dans la Corne de l’Afrique ou en Afrique australe, ainsi que les inondations dans plusieurs régions d’Afrique de l’Ouest, perturbent fortement les cycles agricoles.
Par ailleurs, la FAO estime que les pertes post-récolte peuvent atteindre jusqu’à 30 à 40 % dans certaines filières agricoles, en raison du manque d’infrastructures de stockage, de transport et de transformation.
Ces pertes aggravent à la fois l’insécurité alimentaire et les revenus des producteurs, limitant les capacités d’investissement dans les exploitations agricoles.
Changement climatique : un multiplicateur de risques
Le changement climatique constitue l’un des principaux facteurs d’aggravation de la crise alimentaire. Selon le GIEC, l’Afrique est l’une des régions les plus vulnérables aux impacts du réchauffement climatique, malgré une contribution historique relativement faible aux émissions mondiales.
La FAO souligne que les événements climatiques extrêmes affectent directement la productivité agricole, en perturbant les calendriers de production et en réduisant la disponibilité en eau et en terres cultivables.
Opportunités : un potentiel agricole encore sous-exploité
Malgré ces contraintes, les perspectives restent significatives. La Banque mondiale estime que l’Afrique dispose de près de 60 % des terres arables non cultivées restantes dans le monde, offrant un potentiel de transformation majeur si les investissements suivent.
L’essor des technologies agricoles (agritech), de la finance digitale et des systèmes d’information climatique ouvre également de nouvelles opportunités pour améliorer la productivité et la résilience des petits exploitants.
Dans plusieurs pays, les plateformes numériques permettent déjà d’améliorer l’accès au crédit, aux marchés et aux données météorologiques, réduisant ainsi les risques agricoles.
Investissement et transformation structurelle
La FAO estime que la transformation des systèmes agroalimentaires nécessite des investissements massifs et coordonnés. Le déficit d’infrastructures rurales reste l’un des principaux freins à la compétitivité agricole.
Dans son Cadre stratégique 2022–2031, l’organisation insiste sur une approche intégrée reposant sur quatre piliers : une meilleure production, une meilleure nutrition, un meilleur environnement et une meilleure vie, sans laisser personne de côté.
Gouvernance et intégration régionale
Au-delà des investissements, la gouvernance des systèmes alimentaires apparaît comme un levier déterminant. Les enjeux transfrontaliers — ravageurs, maladies animales, commerce agricole — nécessitent une coopération renforcée entre États.
Les conférences régionales de la FAO jouent ainsi un rôle clé dans l’harmonisation des politiques agricoles et dans la formulation de positions communes face aux défis globaux.
Une transformation incontournable
L’analyse des tendances confirme une réalité centrale : la sécurité alimentaire ne peut être assurée sans transformation structurelle des systèmes agroalimentaires.
Il ne s’agit plus seulement d’augmenter la production, mais de réduire les pertes, améliorer la transformation locale, renforcer la résilience climatique et intégrer davantage les petits producteurs dans les chaînes de valeur.
Dans ce contexte, la conférence de Nouakchott illustre une priorité mondiale : faire évoluer les systèmes alimentaires africains vers plus de durabilité, d’efficacité et de résilience, afin de répondre à une demande alimentaire en forte croissance dans les décennies à venir.



