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Togo : une coalition de six pays renforce la gouvernance des déchets urbains

La croissance rapide des villes africaines pose un défi majeur en matière de gestion des déchets. Selon la Banque mondiale, l’Afrique génère aujourd’hui plus de 200 millions de tonnes de déchets solides par an dans les zones urbaines, et ce volume pourrait atteindre 700 millions de tonnes d’ici 2050 si rien n’est fait pour améliorer les systèmes de gestion. Par la rédaction

Le 22 mars dernier, Lomé a accueilli un programme de formation inédit réunissant des experts du Bénin, du Cameroun, du Ghana, du Gabon, d’Haïti et du Togo, dans le but d’améliorer la gestion des déchets solides urbains en Afrique francophone. Organisée avec le soutien de l’Agence française de développement (AFD) et de l’Université de Lomé, cette initiative s’inscrit dans des démarches de longue date visant à structurer un secteur essentiel mais souvent négligé pour la santé publique, l’environnement et le développement économique.

200 millions de tonnes de déchets solides par an dans les zones urbaines… 700 millions de tonnes d’ici 2050

La croissance rapide des villes africaines pose un défi majeur en matière de gestion des déchets. Selon la Banque mondiale, l’Afrique génère aujourd’hui plus de 200 millions de tonnes de déchets solides par an dans les zones urbaines, et ce volume pourrait atteindre 700 millions de tonnes d’ici 2050 si rien n’est fait pour améliorer les systèmes de gestion. Cette croissance rapide met à rude épreuve les infrastructures existantes, souvent insuffisantes ou inexistantes dans de nombreuses villes africaines. Les coûts directs de gestion des déchets représentent une part significative des budgets municipaux, avec des dépenses estimées à plusieurs milliards de dollars par an, sans compter les coûts sanitaires et environnementaux liés aux pollutions et aux maladies associées aux sites de déchets non gérés.

Cependant, cette situation est aussi porteuse d’opportunités économiques. Le recyclage et la valorisation des déchets peuvent générer des emplois locaux notamment dans la collecte, le tri et la transformation des matières recyclables, créant des chaînes de valeur locales. L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) souligne que des programmes efficaces de gestion des déchets peuvent contribuer à des milliers d’emplois verts et à des économies circulaires plus résilientes dans les zones urbaines.

Un contexte urbain sous pression

En attendant, à Lomé, la population du Grand Lomé dépasse aujourd’hui 1,8 million d’habitants et croît d’environ 4 % par an, selon le Programme Environnement Urbain de Lomé (PEUL) soutenu par l’AFD. Ce programme estime à plus de 300 000 tonnes les déchets solides générés chaque année dans la capitale togolaise, avec des conséquences importantes sur la salubrité, la santé et l’environnement lorsque ces déchets ne sont pas collectés ou traités efficacement.

L’AFD accompagne la ville depuis plus de dix ans sur ces questions, avec plusieurs phases de projets (PEUL I, II, III et IV) qui ont restructuré les filières de collecte, réhabilité d’anciennes décharges et amélioré les infrastructures de gestion des déchets. L’appui inclut également la formalisation des activités de recyclage et la mobilisation de financements durables adaptés aux réalités locales.

Créer des synergies entre pays confrontés à des défis similaires permet de mutualiser les expériences et d’accélérer l’adoption de solutions efficaces 

Au cœur de Lomé, cet atelier rassemblant des spécialistes venus de six pays a abordé des thématiques clés : amélioration des systèmes de collecte, financement durable, mobilisation des acteurs publics et privés, innovation technologique, recyclage et valorisation, ainsi que partenariats public‑privé.

Pour les autorités togolaises, représentées notamment par le ministère de l’Environnement et les collectivités locales, cette rencontre visait à favoriser l’échange de bonnes pratiques et à renforcer les capacités institutionnelles et techniques des acteurs impliqués.

« Créer des synergies entre pays confrontés à des défis similaires permet de mutualiser les expériences et d’accélérer l’adoption de solutions efficaces », a déclaré un expert présent à Lomé.

Un secteur clé pour le développement durable

Au‑delà de la simple collecte et gestion, les discussions ont intégré des perspectives plus larges autour de l’économie circulaire. L’accent a été mis sur la promotion de modèles intégrés incluant le tri à la source, la valorisation des déchets organiques par compostage, le recyclage des plastiques, et l’appui aux initiatives du secteur informel qui jouent un rôle significatif dans la chaîne de gestion des déchets urbains.

L’implication d’acteurs académiques comme l’Université de Lomé renforce également le lien entre recherche, innovation et action de terrain. Des laboratoires spécialisés contribuent déjà à des programmes de formation et de recherche appliquée sur ces sujets.

Des financements insuffisants

Malgré les progrès, plusieurs défis restent à relever. Les financements publics dédiés à la gestion des déchets sont souvent insuffisants et dépendent encore largement de l’aide extérieure. Les modèles de financement durable — incluant des redevances, la tarification progressive des services ou l’intégration de modes de collecte rémunérés pour les populations — sont encore à consolider.

L’urbanisation rapide, les contraintes logistiques, et l’absence d’une coordination efficace entre les différents niveaux d’administration freinent encore l’efficacité globale du système.

Une feuille de route pour l’avenir

La rencontre de Lomé constitue une étape importante dans la structuration d’un espace régional dédié à la gouvernance des déchets urbains. Elle ouvre la voie à la création de réseaux d’experts et de plateformes de coopération entre villes africaines confrontées à des défis similaires, tout en soulignant la nécessité d’investissements soutenus, d’une planification urbaine adaptée et de politiques nationales intégrées.

À l’heure où les villes africaines continuent de croître, la gestion durable des déchets solides apparaît comme une condition essentielle pour améliorer la qualité de vie, protéger l’environnement et soutenir une croissance économique inclusive.

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