Iran – Afrique : un rapprochement stratégique fragilisé par la guerre

Avant l’escalade militaire autour de l’Iran, les relations entre Téhéran et le continent africain connaissaient un regain d’intérêt. Longtemps marginal dans les échanges commerciaux africains, l’Iran cherchait depuis plusieurs années à renforcer sa présence économique et diplomatique sur un continent perçu comme stratégique à la fois pour contourner les sanctions occidentales et pour diversifier ses partenaires commerciaux.
L’objectif affiché par Téhéran était ambitieux : multiplier les échanges bilatéraux et développer des projets conjoints dans l’énergie, l’agriculture, l’industrie ou les infrastructures
Ce rapprochement s’est notamment accéléré à partir de 2023-2025 avec plusieurs initiatives diplomatiques et économiques. Lors du Sommet de coopération économique Iran-Afrique organisé à Téhéran en avril 2025, plus de 30 délégations africaines avaient été invitées pour relancer les échanges et établir de nouveaux partenariats industriels et commerciaux. L’objectif affiché par Téhéran était ambitieux : multiplier les échanges bilatéraux et développer des projets conjoints dans l’énergie, l’agriculture, l’industrie ou les infrastructures.
Les exportations iraniennes vers l’Afrique ont atteint 675 millions de dollars au premier semestre 2025, le double de l’année précédente

Les données commerciales confirment une progression récente, même si les volumes restent modestes à l’échelle mondiale. Selon Mohammadreza Safari, directeur du département Afrique de l’Organisation iranienne de promotion du commerce, les échanges avec le continent ont connu une forte croissance ces dernières années.
L’Afrique, avec une population de plus de 1,4 milliard d’habitants, représente un marché très important pour les produits iraniens
Il expliquait ainsi que les exportations iraniennes vers l’Afrique ont atteint 675 millions de dollars au premier semestre 2025, soit le double de l’année précédente.
Le responsable soulignait également l’importance stratégique du continent pour Téhéran :« L’Afrique, avec une population de plus de 1,4 milliard d’habitants, représente un marché très important pour les produits iraniens ».
Sur l’ensemble de l’année 2025, les échanges commerciaux entre l’Iran et l’Afrique ont atteint environ 1,3 milliard de dollars, avec une croissance d’environ 85 % dans certains secteurs.
Des coopérations technologiques et industrielles
Les principaux partenaires africains de Téhéran incluent notamment l’Afrique du Sud, le Ghana, le Kenya, la Tanzanie ou la Somalie. Les exportations iraniennes portent principalement sur l’acier, le bitume, l’urée, le ciment, les produits pétrochimiques ou les huiles industrielles, tandis que l’Iran importe d’Afrique des produits agricoles, du café, du thé ou des minerais.
Dans certains cas, ces relations dépassent le commerce. L’Iran a également cherché à développer des coopérations technologiques et industrielles avec plusieurs États africains. Le porte-parole de la Commission iranienne pour la promotion du commerce, Rouhollah Latifi, résumait cette ambition en expliquant que : « Le continent africain offre une grande opportunité pour développer les relations économiques et commerciales de l’Iran. »
Au-delà de l’économie, cette diplomatie africaine répond aussi à une logique géopolitique. Pour Téhéran, l’Afrique constitue un espace stratégique permettant d’élargir son réseau diplomatique, de sécuriser de nouveaux marchés et de renforcer ses soutiens au sein des organisations internationales.
L’Afrique, un marché alternatif dans un contexte de pression économique internationale pour l’Iran ?

Mais l’escalade militaire actuelle autour de l’Iran pourrait fragiliser cette dynamique. La guerre modifie en effet les équilibres géopolitiques dans lesquels s’inscrivent les relations africaines avec Téhéran. Plusieurs pays africains entretiennent également des relations étroites avec les États-Unis, l’Union européenne ou les monarchies du Golfe, qui restent des partenaires économiques majeurs du continent.
Dans ce contexte, certains États africains pourraient adopter une position plus prudente vis-à-vis de l’Iran afin d’éviter des tensions diplomatiques ou économiques avec leurs partenaires occidentaux ou du Golfe. Les projets industriels et commerciaux lancés ces dernières années pourraient également être ralentis si les sanctions contre Téhéran se durcissent ou si les risques géopolitiques s’intensifient.
Paradoxalement, la crise pourrait aussi renforcer l’intérêt stratégique de certaines coopérations. L’Afrique représente pour l’Iran un marché alternatif dans un contexte de pression économique internationale. De leur côté, certains pays africains cherchent à diversifier leurs partenaires économiques afin de réduire leur dépendance aux grandes puissances traditionnelles.
Dans tous les cas, l’évolution du conflit sera déterminante pour l’avenir de ces relations. Le rapprochement amorcé ces dernières années reste encore fragile et largement dépendant du contexte international. Si l’Afrique n’est pas directement impliquée dans la guerre, elle pourrait néanmoins voir ses relations avec l’Iran redéfinies par un nouvel équilibre géopolitique mondial.



