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Mines : l’Afrique peut-elle devenir le nouvel eldorado des investisseurs ?

Le Fraser Institute a publié son enquête mondiale 2025 sur l’attractivité des investissements miniers. Sur 68 juridictions analysées, dont 14 en Afrique, plusieurs pays du continent confirment leur potentiel malgré des défis persistants en matière de gouvernance et d’environnement réglementaire.

L’Afrique demeure l’une des régions les plus riches au monde en ressources minérales. Pourtant, attirer les investissements nécessaires à l’exploration et à l’exploitation de ces richesses dépend largement de l’environnement politique, fiscal et réglementaire. C’est précisément ce que mesure chaque année le Fraser Institute à travers son Annual Survey of Mining Companies, l’une des études les plus suivies par l’industrie extractive mondiale.

Dans son édition 2025, le think tank canadien a analysé 68 juridictions minières dans le monde, dont 14 en Afrique, à partir des réponses de 256 dirigeants et responsables de sociétés minières et d’exploration, recueillies entre août et novembre 2025. L’étude repose sur l’Investment Attractiveness Index, qui combine deux dimensions : le potentiel géologique et la perception des politiques publiques par les investisseurs.

Cette approche souligne une réalité bien connue du secteur minier : la présence de ressources naturelles ne suffit pas à attirer les capitaux. Comme le rappelle Elmira Aliakbari, directrice du Centre for Natural Resource Studies au Fraser Institute :
« Un cadre réglementaire solide, associé à une fiscalité compétitive, rend une juridiction attractive pour les investisseurs. »

Le Botswana, premier de la classe

Le rapport confirme que plusieurs pays africains figurent parmi les destinations minières les plus attractives du continent. Le Botswana apparaît comme la juridiction africaine la mieux classée, occupant la 7ᵉ place mondiale avec un score de 85,99 sur 100, en nette progression par rapport à l’année précédente.

Cette performance reflète une combinaison de facteurs favorables : stabilité politique, cadre réglementaire relativement prévisible et infrastructures jugées plus fiables que dans d’autres pays de la région. Depuis plusieurs décennies, le Botswana a construit une réputation de partenaire stable pour l’industrie minière, notamment grâce à la gestion de son secteur diamantifère.

Le Maroc se distingue également dans l’enquête en se classant 15ᵉ au niveau mondial, avec un score de 78,97, en progression de 4,27 points sur un an. Cette amélioration reflète une perception plus positive du potentiel géologique et des politiques publiques, même si certains investisseurs mentionnent encore des préoccupations concernant la qualité des bases de données géologiques et l’efficacité du système juridique.

Des progrès visibles en Afrique de l’Est

L’étude met aussi en évidence la progression de certains pays d’Afrique de l’Est. La Tanzanie, par exemple, se classe 34ᵉ sur 68 juridictions dans le monde et 4ᵉ en Afrique, avec un score de 68,04, en hausse par rapport aux années précédentes.

Cette évolution témoigne d’une amélioration progressive de la perception de l’environnement d’investissement dans le pays. La Tanzanie possède en effet d’importantes ressources minières, notamment en or, en nickel et en minerais stratégiques utilisés dans la transition énergétique.

Parmi les autres pays africains évalués figurent notamment la Côte d’Ivoire, la République démocratique du Congo, la Namibie, le Ghana, l’Angola, l’Afrique du Sud, la Guinée, le Mali, l’Égypte ou encore le Burkina Faso. Ces États disposent de réserves importantes d’or, de cuivre, de bauxite ou de cobalt, des ressources devenues cruciales pour les chaînes d’approvisionnement mondiales.

Les politiques publiques au cœur des décisions d’investissement

Si l’Afrique possède un potentiel géologique exceptionnel, le rapport souligne que la perception des politiques publiques reste déterminante pour les investisseurs. L’incertitude réglementaire, les problèmes d’infrastructures ou encore les risques politiques continuent d’influencer les décisions d’exploration et d’investissement.

Le cas du Ghana illustre ces défis. Malgré sa position de premier producteur d’or du continent, le pays a reculé dans le classement mondial et se situe désormais à la 53ᵉ place, avec un score d’attractivité de 55,21. Les dirigeants miniers interrogés évoquent notamment des préoccupations liées aux politiques minières et à la prévisibilité du cadre réglementaire.

Ces résultats rappellent que l’attractivité minière repose autant sur la qualité de la gouvernance que sur la richesse du sous-sol.

L’Afrique au cœur de la compétition mondiale pour les minerais stratégiques

À l’heure où la transition énergétique accélère la demande mondiale pour les minerais critiques – lithium, cobalt, cuivre, nickel ou graphite – le rôle de l’Afrique dans l’économie mondiale devient de plus en plus central. Plusieurs pays du continent possèdent des réserves majeures de ces ressources indispensables aux batteries, aux technologies numériques et aux infrastructures énergétiques.

Le rapport du Fraser Institute met ainsi en évidence une dynamique contrastée : d’un côté, un potentiel minier exceptionnel qui attire l’attention croissante des investisseurs internationaux ; de l’autre, des réformes encore nécessaires pour améliorer l’environnement des affaires et sécuriser les investissements.

Pour les gouvernements africains, l’enjeu dépasse la simple exploitation des ressources naturelles. Il s’agit désormais de transformer cette richesse géologique en levier de développement économique durable, capable de soutenir l’industrialisation, la création d’emplois et la montée en valeur des chaînes minières sur le continent.

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