Opinion : Thermodynamique des nations
En cette fin de premier trimestre 2026, Lyazid Khaber analyse les dynamiques géoéconomiques mondiales à la lumière de la thermodynamique appliquée à l’économie. Selon lui, la résilience des nations dépend désormais de leur capacité à transformer l’énergie brute en intelligence collective et en structures productives durables.

Par Par Lyazid Khaber*
En cette fin de premier trimestre 2026, l’économie planétaire semble suspendue à un fil d’Ariane de plus en plus ténu, oscillant entre l’épuisement des vieux dogmes monétaires du Nord et l’émergence impétueuse de nouveaux pôles de puissance au Sud. Alors que les places financières occidentales luttent contre une entropie structurelle, le monde assiste à une reconfiguration brutale des chaînes de valeur où la souveraineté n’est plus un luxe, mais une condition de survie. Dans ce théâtre d’ombres géopolitiques, l’enjeu n’est plus seulement de croître, mais de maîtriser son destin technologique et territorial.
Cette quête de maîtrise nous ramène inévitablement aux enseignements de mon regretté ami, le professeur Omar Aktouf. Celui qui fut l’un des pionniers à introduire la thermodynamique au cœur du management et de l’économie nous rappelait, avec cette lucidité qui le caractérisait, que la richesse ne saurait être une simple abstraction comptable. Pour lui, l’économie est un système physique vivant, inexorablement soumis aux lois de l’usure et du désordre.
Dès lors, la survie d’une nation ne dépend plus de l’accumulation frénétique, mais de sa capacité à transmuter l’énergie brute en intelligence collective et en structure productive.
Ce prisme de lecture, plus prophétique que jamais, nous offre la clé pour décrypter la fracture béante de cette semaine : celle qui sépare des empires du Nord s’épuisant dans leur propre entropie, de ces nations du Sud qui, par la force de leur volonté souveraine, s’allument un futur résilient.
L’Entropie du Nord et le réveil des souverainetés
Le système mondial actuel semble confirmer ce diagnostic d’un accroissement inexorable de l’entropie au sein des structures fermées. Au Nord, la « stagnation séculaire » théorisée par Larry Summers se double du Paradoxe de Triffin, où le dollar, pivot du monde, s’essouffle sous le poids des déséquilibres domestiques américains.
La Réserve fédérale américaine (Fed) fait face à une inflation structurelle que les instruments classiques peinent à dompter. Selon une note de Goldman Sachs publiée cette semaine, « la déconnexion entre les politiques monétaires et la réalité post-pandémique est désormais totale ».
En Europe, le déclin des grands fleurons manufacturiers prend des airs de chant du cygne ; une parade majestueuse avant que l’hystérèse économique ne vienne clore un cycle de domination vieux de deux siècles, faute d’une vision souveraine.
Vers un équilibre de « Nash Coopératif »
À l’inverse, le Sud Global tente de briser le « piège des revenus intermédiaires » en adoptant des stratégies issues de la théorie des jeux. Les pays émergents cherchent désormais un Équilibre de Nash : une situation où chaque nation choisit la meilleure stratégie — souveraineté, commerce intra-zone — en tenant compte des décisions des autres, sans plus dépendre d’une hégémonie centrale.
C’est une véritable « destruction créatrice » à l’échelle mondiale, telle que l’imaginait Joseph Schumpeter. Cependant, le défi reste la « loi d’Engel » inversée : à mesure que ces nations s’enrichissent, leurs besoins en infrastructures et en énergie croissent de manière exponentielle, créant une tension sur les bilans financiers.
Le Fonds Monétaire International (FMI), par la voix de Kristalina Georgieva, a averti cette semaine que « la fragmentation géoéconomique pourrait coûter jusqu’à 7 % du PIB mondial ».
L’Optimum de Pareto et la souveraineté productive
L’Algérie consolide sa trajectoire de croissance endogène à travers une gestion optimisée de ses ressources et de son territoire, s’approchant de ce que les économistes nomment l’Optimum de Pareto. Cette ambition a trouvé un écho retentissant cette semaine sous la coupole de l’APN, où les débats sur la loi portant organisation territoriale ont consacré ce texte comme un véritable levier de développement durable.
En renforçant les prérogatives locales, l’État ne se contente pas d’une réforme administrative ; il ambitionne de transformer chaque région en un pôle économique autonome, garantissant un équilibre national enfin rompu avec les disparités héritées du passé.
Cette dynamique de souveraineté, impulsée par les récentes orientations du Conseil des ministres présidé par le Président Abdelmadjid Tebboune, s’accélère également par une exploitation minière audacieuse.
Les directives concernant les gisements de Tala Hamza (Béjaïa) et de Gara Djebilet visent une mise en exploitation rapide pour convertir la richesse souterraine en valeur ajoutée industrielle immédiate.
Parallèlement, la sécurité alimentaire est renforcée par la modernisation du secteur agricole — notamment via l’extension des capacités de stockage des céréales et l’acquisition de matériel — doublée d’une refonte de la formation professionnelle.
Cette dernière est destinée à doter les grands projets d’un capital humain hautement qualifié, capable de dompter les technologies de demain et de porter l’innovation comme moteur principal de la richesse nationale.
Le verdict du dimanche
L’économie de ce premier trimestre 2026 est devenue une alchimie complexe où la géopolitique dicte les lois d’une nouvelle physique sociale. Tandis que le Nord, lesté par l’atrophie de ses modèles, semble atteindre un point de rendement décroissant, le Sud Global opère une accélération historique.
L’Algérie, en s’appuyant sur les arbitrages du dernier Conseil des ministres, démontre que la souveraineté n’est pas une incantation, mais une architecture concrète. Elle se bâtit dans la mine, le champ, l’école et un territoire rééquilibré.
La leçon est limpide : dans un monde en surchauffe, la résilience appartient aux États capables de transmuter leurs ressources en intelligence productive.
Notre indomptable Omar Aktouf nous l’avait prédit : sans respect des équilibres thermodynamiques et humains, il n’est point de salut durable.
* Lyazid Khaber est économiste et journaliste spécialisé en géopolitique et économie internationale. Il dirige la publication Eco Times en Algérie.



