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Inclusive FinTech Forum 2026 : la fintech peut remodeler l’inclusion financière

Malgré l’expansion rapide du mobile money et des paiements digitaux, des centaines de millions d’Africains restent exclus du système financier formel. Les acteurs du secteur et les décideurs politiques, réunis à Kigali pour la 3eme édition de l’Inclusive FinTech Forum, ont réaffirmé que la technologie financière pourrait jouer un rôle décisif pour combler cette lacune.

Par Bertrand Munyazikwiye, Kigali

Sous le thème « Shaping the Future of Inclusive Finance : Innovation. Impact. Connections », la troisième édition de l’Inclusive FinTech Forum (IFF) s’est tenue du 10 au 12 mars 2026 à Kigali, regroupant environ 3 000 dirigeants, investisseurs, décideurs politiques et innovateurs du monde entier autour des enjeux de l’inclusion financière par la fintech.

L’événement, co‑organisé par le Kigali International Financial Centre (KIFC), la Banque nationale du Rwanda et la Global Finance & Technology Network (GFTN), a mis en lumière la nécessité d’une innovation soutenue, de cadres réglementaires adaptés et de collaborations transfrontalières pour réduire l’exclusion financière sur le continent et stimuler la croissance économique.

Mobile money au cœur de l’inclusion

Au forum, des dirigeants de fintech ont souligné le rôle central des technologies mobiles dans l’accès aux services financiers, notamment dans les zones rurales, où l’usage de solutions comme le mobile money fonctionne comme une banque pour des millions d’Africains. D’après les intervenants, les données issues des transactions digitales ouvrent de nouvelles opportunités de financement pour les petites entreprises, contribuant à élargir l’accès au crédit et à d’autres services.

Pour Freddie Omane, Country Director pour le Kenya chez PowerPay, l’interopérabilité entre les systèmes de paiement est essentielle pour étendre l’accès aux services financiers. « Ce que nous faisons, c’est faciliter l’intégration pour nos partenaires via notre API et leur permettre d’accéder à plusieurs opérateurs à travers le continent. »

Le mobile money fonctionne partout sur le continent, des villages aux grandes villes. Si vous avez un téléphone mobile, vous avez en pratique une banque

PowerPay connecte des entreprises à plus de 50 partenaires, banques et opérateurs de téléphonie mobile dans une vingtaine de pays africains, réduisant les coûts de transaction grâce à des services de paiement agrégés. Omane souligne également le rôle des données générées par les paiements mobiles : « Les données des transactions mobile money peuvent aider les institutions financières à comprendre l’activité économique des personnes. Cela peut aider quelqu’un en zone rurale à obtenir des financements pour démarrer ou développer une entreprise. »

Il insiste sur l’efficacité du mobile money : « Le mobile money fonctionne partout sur le continent, des villages aux grandes villes. Si vous avez un téléphone mobile, vous avez en pratique une banque. »

De fait, le mobile money a permis à plus de 600 millions de comptes actifs sur le continent, et représente désormais environ 40 % des transactions digitales en Afrique subsaharienne, selon la GSMA (Global System for Mobile Communications).

Paiements transfrontaliers : une opportunité clé

Ola Oyetayo,  co-founder and CEO of Verto.

Un autre point fort des discussions a porté sur l’importance de simplifier les paiements transfrontaliers, un obstacle majeur pour les échanges intra‑africains, ainsi que sur le rôle des régulateurs pour accompagner l’innovation plutôt que la freiner.

Les régulateurs doivent agir comme des catalyseurs plutôt que comme des contraintes au mouvement de l’argent et des idées

Ola Oyetayo, co‑fondateur et CEO de Verto, explique : « Notre plateforme permet aux entreprises, particulièrement en Afrique, de transférer de l’argent sans friction à travers les frontières. »

Oyetayo souligne également le rôle des régulations : « La régulation devrait encourager l’innovation tout en fournissant des règles claires. Les régulateurs doivent agir comme des catalyseurs plutôt que comme des contraintes au mouvement de l’argent et des idées. »

En attendant, l’essor du mobile money et de l’infrastructure digitale continentale permet de réduire ces coûts et d’élargir l’accès aux services financiers pour les PME, représentant plus de 80 % des entreprises africaines selon la Banque mondiale.

La fintech transforme l’accès aux services financiers

Pour Segun Aina, Président de l’Africa FinTech Network et Chairman du Board of Trustees de la FinTech Association of Nigeria : « L’évolution de la fintech a facilité la vie de millions d’Africains, notamment ceux au bas de la pyramide économique. »

L’évolution de la fintech a facilité la vie de millions d’Africains, notamment ceux au bas de la pyramide économique

Il explique que le secteur, initialement centré sur les paiements, s’est étendu aux prêts digitaux et autres services financiers, auparavant inaccessibles à de nombreux Africains : « Les petits commerçants qui ne pouvaient pas accéder à des prêts auparavant peuvent désormais emprunter en ligne, investir dans leurs entreprises et créer de la richesse. »

Le secteur fintech a dépassé le simple paiement pour inclure le crédit digital, l’assurance mobile et l’investissement accessible, offrant des opportunités économiques inédites. En Afrique subsaharienne, plus de 120 millions de personnes utilisent désormais des services de micro-crédit via plateformes digitales, selon la Banque africaine de développement (BAD).

Le Rwanda : vitrine de progrès

Les responsables de la Banque nationale du Rwanda ont mis en avant les progrès réalisés dans l’inclusion financière : de 21 % en 2008 à plus de 90 % des adultes aujourd’hui disposant d’un compte bancaire ou d’un portefeuille mobile, grâce notamment à ekash, la plateforme nationale d’interopérabilité. 

Cette plateforme permet des transferts instantanés entre prestataires, et les autorités visent à l’étendre aux paiements gouvernementaux, collecte des taxes et transactions transfrontalières.

Le potentiel démographique de l’Afrique est énorme. C’est le moment d’investir dans des solutions qui alimenteront l’avenir financier du continent

Les débats ont également intégré une dimension prospective, en évoquant l’importance de l’IA, de l’open finance et des solutions fintech pour le climat dans le développement de systèmes financiers plus résilients et inclusifs.

Les intervenants ont insisté sur la nécessité d’une coopération continue entre gouvernements, régulateurs et innovateurs fintech. « Il est nécessaire que les régulateurs et les décideurs collaborent plus étroitement avec les opérateurs. Lorsqu’ils comprennent mieux le secteur, ils peuvent créer des politiques qui soutiennent l’innovation tout en protégeant les consommateurs » observe Segun Aina. 

Avec la croissance démographique attendue en Afrique et l’adoption rapide du digital, les leaders fintech estiment que le continent est à l’aube d’une période cruciale de développement économique numérique :« Le potentiel démographique de l’Afrique est énorme. C’est le moment d’investir dans des solutions qui alimenteront l’avenir financier du continent » exhorte Ola Oyetayo.

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