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Traduire les intérêts en alliances : le rôle d’« adaptateur » dans la nouvelle diplomatie économique Afrique–Moyen-Orient

Femmes leaders, corridors d’affaires, capitaux et confiance : comment transformer une proximité géographique en partenariats qui livrent des résultats

Dr Safaa Alhamaydeh Alsatari*

Entre l’Afrique et le Moyen-Orient, la proximité n’a jamais manqué. Ce qui manque, plus souvent, c’est la conversion de cette proximité en alliances qui tiennent : des projets qui se déploient, des financements qui atteignent l’économie réelle, des chaînes de valeur qui créent des emplois, et une confiance qui survit aux inévitables frictions.

Aujourd’hui, les visions de futur se croisent nettement. Côté Moyen-Orient, les stratégies de diversification accélèrent : sécuriser l’après-pétrole, investir dans les infrastructures, capter des chaînes de valeur, et rester un nœud logistique mondial. Côté Afrique, la priorité est d’une clarté radicale : énergie accessible, industrialisation, emplois, souveraineté alimentaire, et financement de la croissance. Là où ces futurs se rencontrent, trois points de croisement dominent.

 Énergie et transition

En 2024, les investissements privés dans les énergies propres en Afrique ont frôlé 40 milliards de dollars, signe d’une accélération réelle. Le potentiel est considérable, mais le continent reste encore marginal dans les flux mondiaux. Le futur commun se joue donc moins sur des annonces que sur la capacité à structurer la demande, sécuriser le risque et livrer des réseaux, des capacités et des compétences.

Logistique et commerce

Les perturbations récentes des routes maritimes ont rappelé que les corridors ne sont pas des lignes sur une carte, mais des systèmes : ports, assurances, délais, sécurité, stocks. Les deux régions ont intérêt à sécuriser et moderniser ces systèmes, parce qu’ils conditionnent le coût de la vie autant que la compétitivité.

Sécurité alimentaire et agro-industrie

Le Moyen-Orient cherche résilience et stabilité des prix ; l’Afrique cherche productivité, transformation locale et accès au marché. Le futur commun est celui des filières (stockage, froid, transformation, certification, distribution), pas seulement des récoltes.

Un quatrième croisement monte en puissance : innovation et talents

L’Afrique apporte une jeunesse entrepreneuriale et des usages numériques rapides ; le Moyen-Orient apporte des plateformes, des hubs et une capacité d’internationalisation. Les diasporas, elles, servent de pont naturel – à condition de transformer les réseaux en contrats, et les contrats en exécution.

Dans ces convergences, une position devient décisive : l’« adaptateur »

Dans ces convergences, une position devient décisive : l’« adaptateur ». Non pas un titre administratif, mais une posture stratégique qui rend compatibles des logiques qui ne se comprennent pas spontanément, afin que l’intention devienne architecture, puis impact.

Adapter, c’est clarifier les intérêts réels (ce que chacun veut et comment il mesure le succès), aligner les temporalités (cadence de décision et jalons), intégrer les standards dès le départ (conformité, due diligence, reporting, gouvernance), et rendre l’implicite culturel explicite avant qu’il ne se transforme en conflit.

Dans ce numéro spécial, le leadership féminin apporte un avantage concret : organiser la confiance et exiger du livrable. L’Afrique affiche l’un des plus hauts niveaux d’activité entrepreneuriale féminine au monde (environ 24% selon l’IFC). Et l’IFC a annoncé début 2026 l’extension de She Wins Africa pour atteindre 1 000 entrepreneures, après une première phase ayant mobilisé 4 millions de dollars de financement. Ces dynamiques montrent la direction : relier capitaux, marchés et exécution, avec une valeur locale mesurable (emplois, formation, sous-traitance).

La règle d’or est simple : aligner avant d’accélérer. Accélérer sans alignement fabrique des retards, des coûts cachés et une confiance abîmée. Aligner, puis accélérer, fabrique des corridors qui livrent : énergie plus disponible, logistique plus fluide, et entreprises capables de grandir.

STATISTIQUE

• ~40 Md $ : investissements privés dans les énergies propres en Afrique (2024, IEA).
• 2,3 Tn $ : investissement mondial dans la transition énergétique (2025, BloombergNEF).
• 24% : activité entrepreneuriale féminine en Afrique (IFC).
• 1 000 : entrepreneures visées par l’extension She Wins Africa (IFC, 2026).
• 4 M $ : financement mobilisé lors de la première phase She Wins Africa (IFC).
• >17,5 Md $ : financement du commerce décaissé par Afreximbank en 2024.

*Dr Safaa Alhamaydeh Alsatari est expert en entrepreneuriat social et en développement durable

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