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Analyse : Femmes et pouvoir économique en Afrique

En 2026, les femmes africaines renforcent leur présence dans l’économie réelle et dans les instances de décision. Au-delà de l’entrepreneuriat, elles gagnent des sièges dans les conseils et des rôles clés dans l’investissement. Si les progrès sont clairs, l’accès à des postes de pouvoir économique durable reste un enjeu majeur.

Par Bylkiss Mentari

Le leadership économique féminin en Afrique se confirme comme une force structurante de la croissance. Les données les plus récentes du Global Entrepreneurship Monitor (GEM) 2024/2025 Women’s Entrepreneurship Report montrent qu’en 2024, 1 femme sur 10 a lancé une nouvelle entreprise, contre 1 homme sur 8, ce qui illustre une dynamique entrepreneuriale féminine forte et en progression à l’échelle mondiale et également en Afrique. Cette donnée provient du rapport officiel GEM publié en novembre 2025, le plus récent disponible.

Sur le continent, les femmes continuent d’être des actrices centrales de l’économie, participant à l’emploi local, à l’achat de biens essentiels et à l’innovation sociale. Dans plusieurs pays africains, la création d’entreprises par des femmes dépasse ou se rapproche des moyennes mondiales, soutenue par des réseaux de soutien, des incubateurs et des politiques publiques ciblées.

En Afrique, environ 25 % des sièges dans les conseils d’administration d’entreprises sont occupés par des femmes, comparativement à une moyenne mondiale de 17 %”

Du côté de la gouvernance d’entreprise, les progrès sont également tangibles. L’International Finance Corporation (IFC) indique qu’en Afrique, environ 25 % des sièges dans les conseils d’administration d’entreprises sont occupés par des femmes, comparativement à une moyenne mondiale de 17 %. Ce chiffre traduit un élargissement de la représentation féminine dans les organes décisionnels des grandes entreprises, résultat d’efforts en matière de gouvernance, de codes de conduite et parfois de quotas institutionnalisés.

Les femmes gagnent aussi en visibilité dans les organes de décision de l’investissement. L’African Private Capital Association (AVCA) relève que 44 % des emplois dans le secteur du capital‑investissement sont occupés par des femmes, et que celles‑ci représentent 38 % des postes dédiés à l’investissement, une progression notable par rapport à il y a une décennie. Cependant, la part diminue aux niveaux décisionnels supérieurs, avec 33 % dans les comités d’investissement et 32 % dans les conseils d’administration des fonds, montrant que la transformation est partielle mais réelle.

L’accès au financement reste un point critique

L’accès au financement reste un point critique, mais les avancées sont mesurables. La Banque africaine de développement estime qu’un déficit de financement de l’ordre de 42 milliards $ persiste pour les PME détenues par des femmes, mais les initiatives innovantes permettent de réduire cet écart. Parmi elles, le programme She Wins Africa, porté par l’IFC et des partenaires, a été élargi en février 2026 pour soutenir plus de 1 000 PME dirigées par des femmes à travers l’Afrique subsaharienne, via mentorat spécialisé, renforcement des capacités et accès aux marchés.

Dans la technologie et l’innovation, les femmes s’affirment progressivement. Bien que les startups fondées exclusivement par des femmes restent minoritaires, les taux de création d’entreprises tech par des équipes mixtes augmentent, soutenus par des programmes de préparation à l’investissement et des réseaux de capital‑risque sensibles à l’égalité de genre. Les données disponibles montrent que cette progression, bien que lente, est stable, avec des leviers d’accompagnement qui se multiplient en 2025‑2026.

Dans l’agro‑industrie, les services financiers inclusifs et les chaînes de valeur numériques, leur rôle dépasse la simple participation : il redéfinit les standards de performance et d’impact social

Au‑delà des structures économiques, l’analyse montre que les femmes influencent aussi les orientations stratégiques des secteurs. Dans l’agro‑industrie, les services financiers inclusifs et les chaînes de valeur numériques, leur rôle dépasse la simple participation : il redéfinit les standards de performance et d’impact social. Des études de la McKinsey & Company confirment que des niveaux plus élevés de participation des femmes dans les fonctions de direction sont corrélés à de meilleures performances institutionnelles et sociales, traduisant un impact qui dépasse les seuls chiffres de représentation.

Il faut aussi souligner que les progrès ne sont pas uniformes d’un pays à l’autre. Certains marchés comme le Rwanda, le Kenya ou la Côte d’Ivoire montrent des progressions plus nettes en matière d’accès au crédit et de prise de pouvoir économique, grâce à des politiques publiques spécifiquement orientées vers l’égalité de genre. D’autres marchés plus fragiles connaissent des avancées plus lentes.

L’accès au capital reste plus difficile pour les femmes, les réseaux d’affaires dominants restent souvent masculins

Malgré ces progrès, plusieurs défis structurants persistent. L’accès au capital reste plus difficile pour les femmes, les réseaux d’affaires dominants restent souvent masculins, et les obstacles culturels et institutionnels ralentissent encore l’accès aux postes stratégiques. De plus, la mobilité internationale limitée et la faiblesse des garanties exigées par les prêteurs continuent de freiner l’essor de nombreuses PME féminines.

Si la route vers une égalité complète reste longue, ces progrès constituent une base solide pour une transformation durable de l’écosystème économique africain, une transformation qui s’appuie de plus en plus sur la force et le leadership des femmes.

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