Industrie & énergie : briser les plafonds de verre
Longtemps dominés par les hommes, les secteurs industriel, énergétique et minier en Afrique voient émerger des femmes dirigeantes qui redessinent les codes du leadership. À la tête de groupes stratégiques, elles pilotent des transitions énergétiques, structurent des entreprises publiques et privées et imposent une nouvelle gouvernance dans des environnements historiquement masculins.

L’industrie, l’énergie et les mines constituent l’ossature économique de nombreux pays africains. Hydrocarbures au Nigeria, mines en Afrique australe, énergies renouvelables au Maroc ou en Afrique de l’Est : ces secteurs concentrent investissements, infrastructures critiques et enjeux géopolitiques. Pourtant, ils restent parmi les moins féminisés au monde. Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), les femmes représentent en moyenne 22 % de la main-d’œuvre dans le secteur mondial de l’énergie, et moins encore dans les segments techniques et d’ingénierie. En Afrique, la sous-représentation est particulièrement marquée dans les fonctions opérationnelles et minières.
L’inclusion et la diversité ne sont pas seulement des impératifs moraux ; ce sont aussi des impératifs économiques

Malgré ce contexte, plusieurs dirigeantes africaines brisent les plafonds de verre. Au Nigeria, Olu Verheijen a marqué l’histoire en devenant ministre d’État aux Ressources pétrolières (Oil) en 2023. Ingénieure de formation et ancienne dirigeante dans le secteur énergétique, elle incarne une nouvelle génération de responsables publiques confrontées à un double défi : maintenir l’attractivité des investissements pétroliers tout en préparant la diversification énergétique. Lors de la conférence CERAWeek 2024, elle déclarait : « « On ne doit pas demander à l’Afrique de choisir entre le développement et la décarbonation. Nous devons accomplir les deux. » Une position qui résume l’équation stratégique du continent.
En Afrique du Sud, Nompumelelo Zikalala est devenue la première femme à diriger De Beers Managed Operations, filiale du groupe diamantaire De Beers. Dans un secteur minier historiquement masculin, elle a affirmé lors d’une prise de parole publique : « L’inclusion et la diversité ne sont pas seulement des impératifs moraux ; ce sont aussi des impératifs économiques. » Son parcours illustre la lente mais réelle ouverture des industries extractives aux femmes dans des fonctions de direction opérationnelle.
Des obstacles structurels
Les chiffres confirment toutefois l’ampleur du défi. Selon la Banque mondiale, les femmes occupent moins de 15 % des postes de direction dans les entreprises industrielles en Afrique subsaharienne. Dans les mines, leur présence descend souvent sous les 10 % dans les fonctions techniques. Les obstacles sont structurels : stéréotypes persistants, accès limité aux formations STEM, environnements de travail peu adaptés et faible représentation dans les réseaux décisionnels.
Un enjeu de performance et de transformation économique
Pourtant, la transition énergétique ouvre une fenêtre d’opportunité. Le développement du solaire, de l’éolien et des solutions hors réseau en Afrique crée de nouveaux modèles économiques moins ancrés dans des cultures industrielles traditionnelles. Selon l’IRENA (Agence internationale pour les énergies renouvelables), les femmes représentent environ 32 % des emplois dans les renouvelables au niveau mondial — un taux supérieur à celui des énergies fossiles. Sur le continent, des entrepreneures dirigent des entreprises de mini-réseaux solaires, de distribution d’énergie propre et de technologies climatiques adaptées aux réalités rurales.
Au-delà des chiffres, l’enjeu est stratégique. Les industries extractives et énergétiques représentent une part majeure des recettes publiques africaines. Leur gouvernance influence la stabilité macroéconomique, l’emploi et la souveraineté énergétique. L’accès des femmes à ces sphères décisionnelles modifie les priorités : davantage d’attention à la durabilité, à la transparence et à l’impact communautaire, selon plusieurs études sur la gouvernance d’entreprise.
Briser les plafonds de verre dans l’industrie et l’énergie ne relève donc pas seulement d’un impératif d’égalité : c’est un enjeu de performance et de transformation économique. Les dirigeantes africaines qui émergent aujourd’hui dans ces secteurs démontrent que compétence technique, vision stratégique et leadership inclusif ne sont pas liés au genre.



