“Bàkku” au Musée des civilisations noires : vers une esthétique architecturale africaine réaffirmée
Jusqu’au 5 mars, le Musée des civilisations noires (MCN) de Dakar accueille Bàkku, une exposition pluridisciplinaire qui interroge les rapports entre architecture, arts visuels et pensée critique africaine, offrant une lecture renouvelée des imaginaires et des enjeux culturels du continent.

Depuis son ouverture, le Musée des civilisations noires s’est imposé comme une plateforme incontournable de réflexion et de production culturelle sur l’Afrique. Dans ce cadre, l’exposition Bàkku entend mobiliser les regards, les savoirs et les pratiques autour d’une pensée critique et esthétique africaine appliquée à l’architecture et aux arts visuels, dépassant les simples classifications disciplinaires pour ouvrir des perspectives nouvelles sur les formes urbaines et culturelles du continent.
Un mouvement intellectuel et esthétique
Le concept Bàkku — terme qu’empruntent les organisateurs à la culture sénégalaise — ne désigne pas seulement un ensemble d’œuvres exposées, mais un mouvement intellectuel et esthétique. Il vise à « reconquérir une identité architecturale africaine et à rompre avec le chaos urbain hérité de modèles extérieurs », explique une analyse récente de ce mouvement.
L’exposition réunit des contributions d’architectes, d’artistes et de penseurs d’une vingtaine de pays africains, reflétant la diversité et la richesse des héritages culturels du continent tout en questionnant leur inscription dans les sociétés contemporaines. À travers photographies, maquettes, sculptures et œuvres visuelles, Bàkku met en valeur des exemples emblématiques tels que la vieille mosquée de Dioulassaba au Burkina Faso ou des sculptures en albâtre qui font dialoguer forme, matière et mémoire.
Bàkku « est un appel à revenir à une architecture africaine qui nous ressemble »
Pour les commissaires et acteurs du mouvement, Bàkku n’est pas seulement une esthétique, mais aussi une démarche de pensée critique. Le directeur artistique, Babacar Mbaye Diop, a rappelé à l’ouverture que Bàkku « est un appel à revenir à une architecture africaine qui nous ressemble », soulignant l’importance de repenser les espaces bâtis à partir des réalités sociales, climatiques et culturelles propres au continent.
L’importance de ce débat s’inscrit dans un contexte global d’urbanisation rapide en Afrique. Selon les projections démographiques, plus de 1 milliard de personnes vivront en zones urbaines d’ici 2050, ce qui pose d’immenses défis en termes d’aménagement, d’infrastructures, de logement et de durabilité. Dans ce sens, Bàkku explore non seulement comment l’architecture peut répondre aux besoins matériels des citadins africains, mais aussi comment elle peut refléter leurs cultures, leurs histoires et leurs imaginaires.
Réinventer des paradigmes de création et de vie urbaine.
Plusieurs axes thématiques structurent l’exposition, notamment la mémoire, l’identité, les genèses des formes architecturales et le lien entre l’art et l’habitat. Cette approche vise à montrer que les formes architecturales ne sont pas neutres mais chargées de significations politiques, sociales et symboliques, héritées du passé tout en dialoguant avec les défis contemporains.
Ce dialogue est incarné dans les œuvres et les installations présentées : certaines rappellent des architectures vernaculaires, tandis que d’autres proposent des visions plus expérimentales qui interrogent l’avenir des villes africaines. L’objectif est de susciter une réflexion collective qui dépasse la simple esthétique pour réinventer des paradigmes de création et de vie urbaine.
L’exposition Bàkku réaffirme aussi le rôle du musée comme espace de pensée critique vivante, en phase avec sa stratégie de démocratisation et d’ouverture des savoirs, comme en témoigne l’accroissement de la fréquentation globale du MCN ces dernières années.



