Arabie saoudite : un nouveau marché de l’or africain pour défier Dubaï
L’Arabie saoudite s’invite dans le commerce africain de l’or, en nouant un partenariat stratégique avec le Soudan. Cette initiative pourrait bouleverser la longue domination de Dubaï et offrir à Khartoum un canal plus transparent et rentable pour ses richesses minières.

L’Arabie saoudite a annoncé qu’elle était prête à commencer immédiatement l’achat d’or soudanais, se positionnant ainsi comme un acteur majeur du commerce de l’or en Afrique. Cette démarche vise à offrir au Soudan un marché plus sûr et plus profitable, en rompant une dépendance historique à Dubaï.

L’annonce fait suite à des discussions de haut niveau à Riyad entre Bandar Alkhorayef, ministre saoudien de l’Industrie et des Ressources minières, et Nour al‑Dayem Taha, ministre soudanais des Mines, lors du cinquième Future Minerals Forum, qui s’est tenu à Riyad (Arabie saoudite) du 13 au 15 janvier 2026 et qui a rassemblé des représentants de plus de 100 pays.
Cette coopération vise à garantir une voie plus sûre et plus profitable pour la richesse minérale du Soudan
Un accord opérationnel a ensuite été confirmé entre une délégation soudanaise, conduite par Mohammed Taher Omar, directeur général de la Sudanese Mineral Resources Company, et Suleiman bin Saleh al‑Othaim, président de la Saudi Gold Refinery Company – une raffinerie intégrée prête à traiter l’or soudanais. « Cette coopération vise à garantir une voie plus sûre et plus profitable pour la richesse minérale du Soudan » a déclaré Nour al‑Dayem Taha, ministre soudanais des Mines.
La production d’or du Soudan a atteint environ 70 tonnes, un niveau record malgré la guerre interne
En 2025, selon les données publiées par le ministère soudanais des Mines via la Sudanese Mineral Resources Company (SMRC), la production d’or du Soudan a atteint environ 70 tonnes, soit un niveau record malgré la guerre interne, et a généré des recettes estimées à environ 1,8 milliard USD dans le secteur minier. Parallèlement, les Émirats arabes unis ont importé 748 tonnes d’or en provenance du continent africain en 2024, ce qui représente une progression de 18 % par rapport à l’année précédente d’après les statistiques du commerce extérieur (UN Comtrade ). Parmi ces volumes, 29 tonnes ont été importées directement du Soudan en 2024, contre 17 tonnes en 2023, selon la même source. Ces chiffres reflètent l’importance des flux d’or entre l’Afrique et les hubs du Golfe, même si une part significative du métal peut encore transiter via des circuits non officiels avant d’être comptabilisée.
Selon une étude indépendante publiée par SWISSAID en 2024, entre 321 et 474 tonnes d’or africain partent chaque année en contrebande, représentant 24 à 35 milliards USD, souvent via les marchés du Golfe avant d’être réexportées.
Un changement de cap soudanais

Pour le Soudan, ce nouveau partenariat offre une alternative plus transparente et sécurisée, susceptible de réduire le marché parallèle et d’augmenter les revenus officiels issus de l’or. Le pays cherche à formaliser davantage ses exportations et à relancer des projets d’exploration et de production en attente de soutien technique et financier.
Ahmed Haroun al‑Tom, directeur général de la Geological Research Authority soudanaise, a indiqué que les discussions ont également porté sur l’octroi aux entreprises saoudiennes de droits d’exploration pour d’autres minéraux industriels tels que talc, mica, chrome et manganèse.
Historiquement, Dubaï occupe une position dominante comme plateforme mondiale du négoce d’or et agit de facto comme un hub central pour l’or africain, y compris celui issu de circuits non déclarés.
Les analystes estiment que ce mouvement vers Riyad ne sécurise pas seulement un marché plus rentable pour le Soudan, mais constitue également un défi stratégique à la domination de Dubaï sur le commerce de l’or en Afrique de l’Est et centrale.
Pour Riyad, l’opération s’inscrit dans une stratégie plus large d’expansion économique hors hydrocarbures
Ce basculement intervient dans un contexte géopolitique complexe, notamment des tensions entre Khartoum et les Émirats arabes unis sur le rôle du commerce de l’or dans l’alimentation du conflit interne soudanais.
Pour Riyad, l’opération s’inscrit dans une stratégie plus large d’expansion économique hors hydrocarbures, de diversification des routes commerciales et de renforcement de l’influence en Afrique.
« Le FMF est une initiative portée par l’Arabie saoudite, qui rassemble le monde pour fournir les minéraux nécessaires à la création d’une nouvelle ère de développement, de prospérité et de stabilité pour les pays fournisseurs », a déclaré Bandar bin Ibrahim Al‑Khorayef, ministre saoudien de l’Industrie et des Ressources minérales, lors du Future Minerals Forum 2026.
L’urgence d’adopter des instruments financiers régionaux, transparents et efficaces
Pour l’Afrique, cette évolution illustre l’intérêt croissant des puissances internationales pour le marché minier africain, incitant les pays producteurs à diversifier leurs partenaires commerciaux. Elle accentue aussi la nécessité d’instruments financiers régionaux plus transparents et efficaces — tels que les obligations minières régionales ou des structures inspirées du modèle saoudien/occidental — pour attirer des capitaux et réduire la dépendance aux intermédiaires externes.
L’exemple soudanais montre qu’un partenariat stratégique étatique, appuyé par des capacités industrielles et logistiques robustes, peut à la fois sécuriser les revenus miniers et attirer des investissements pour un développement plus durable du secteur.



