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Eurobonds 2026 : l’arme financière de l’Europe face à la Chine et aux États-Unis

Face à la montée en puissance des États-Unis et de la Chine, l’Union européenne relance l’idée des eurobonds, une dette commune capable de financer les investissements stratégiques et de renforcer le rôle géopolitique de l’euro. Défense, technologies de rupture, transition énergétique… le continent européen mise sur cette mutualisation pour rester compétitif, tout en suscitant débats et résistances internes.

Lors du sommet informel des 27_ les 27 chefs d’État et de gouvernements européens se sont réunis le 12 février à Alden Biesen, en Belgique_, la question de la compétitivité européenne a été au centre des débats. Le président français, Emmanuel Macron, a remis sur la table une idée ancienne mais stratégique : émettre des eurobonds, ou dette commune européenne. Aujourd’hui, chaque État s’endette indépendamment, mais certains pays déjà très endettés peinent à financer des secteurs d’avenir. Les eurobonds permettraient d’emprunter ensemble pour investir ensemble, offrant une capacité d’endettement plus importante et des conditions de financement plus avantageuses.

L’objectif est double : financer massivement des secteurs stratégiques et renforcer le rôle de l’euro face au dollar

Concrètement, cette dette commune fonctionnerait comme des bons du Trésor européens, attirant des investisseurs du monde entier. Le projet, déjà discuté lors de la crise de la zone euro (2010-2012), avait été rejeté par l’Allemagne et les pays dits « frugaux » (Pays-Bas, Finlande) pour des raisons politiques et budgétaires. Mais l’expérience du plan de relance européen de 2020, financé par un emprunt commun de 750 milliards d’euros, a démontré que la mutualisation de la dette était possible et crédible.

Les eurobonds permettraient non seulement d’augmenter la capacité d’endettement de l’Europe, mais aussi de réduire le coût des emprunts pour les pays les plus fragiles

Selon le rapport de Mario Draghi, ces besoins représenteraient jusqu’à 1 200 milliards d’euros par an. Les eurobonds permettraient non seulement d’augmenter la capacité d’endettement de l’Europe, mais aussi de réduire le coût des emprunts pour les pays les plus fragiles, tout en créant un marché unique des obligations européennes, consolidant ainsi le poids géopolitique de l’Union.

Pour Emmanuel Macron et d’autres partisans, les eurobonds sont « un outil pour penser l’Europe non État par État, mais comme une force collective capable de protéger ses intérêts stratégiques ». Pourtant, les oppositions persistent. Les détracteurs craignent que certains pays profitent de la mutualisation pour réduire leurs efforts budgétaires, mettant en péril la solidité financière collective. Ce débat dépasse la technique pour toucher à la capacité de l’Europe à agir en puissance globale.

 L’Afrique peut-elle s’inspirer de ce modèle ?

Au-delà de l’Europe, l’initiative des eurobonds pourrait également intéresser l’Afrique. Pour des pays africains confrontés à des besoins massifs en infrastructures et technologies, un mécanisme similaire pourrait inspirer des solutions de financement innovantes. L’expérience européenne montre qu’une dette mutualisée peut renforcer la crédibilité sur les marchés financiers, attirer des investissements étrangers et réduire le coût du capital. Les investisseurs d’eurobonds européens pourraient ainsi être sensibilisés à des projets africains viables et à fort impact social et économique, notamment dans les domaines de l’énergie, des transports et de la connectivité régionale. L’Afrique pourrait envisager de s’inspirer de ce modèle pour ses propres obligations régionales ou panafricaines, comme celles explorées dans le cadre de l’Afriquor et d’autres initiatives continentales, afin de mobiliser des fonds tout en conservant un contrôle stratégique sur les projets clés.

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