Global Soft Power Index 2026 : le pari encore fragile de l’Afrique sur la scène mondiale
Brand Finance, cabinet britannique leader mondial de l’évaluation et de la stratégie de marque, a publié son classement Global Soft Power Index 2026, qui mesure l’influence des nations à travers 193 pays. Dominé par les grandes puissances économiques, le classement met en lumière la relative faiblesse du rayonnement global des pays africains, dont seuls trois figurent dans le Top 50 mondial. Analyse.

Dans un monde où l’influence ne se mesure plus seulement à travers la puissance militaire ou économique, mais aussi par la capacité à attirer, persuader et engager, le Global Soft Power Index 2026 de Brand Finance offre un baromètre unique du positionnement des nations sur la scène internationale. Ce rapport s’appuie sur des enquêtes réalisées auprès de plus de 150 000 personnes dans plus de 100 pays, qui évaluent 55 indicateurs couvrant des domaines aussi variés que l’environnement des affaires, la gouvernance, l’éducation, l’attractivité culturelle et les valeurs sociétales. La méthodologie permet d’appréhender comment un pays est perçu globalement et comment cette perception se traduit en influence réelle.
Les États‑Unis conservent la première place, talonnés par la Chine

Au sommet du classement, les États‑Unis conservent la première place, talonnés par la Chine, qui se distingue par de fortes perceptions dans les domaines du commerce et de la croissance économique. La Japon, le Royaume‑Uni et l’Allemagne complètent le Top 5 mondial, illustrant la persistance de l’influence des économies développées et des puissances technologiques. Dans son communiqué, Brand Finance explique que le soft power est aujourd’hui défini comme « la capacité d’une nation à influencer les préférences et les comportements sur la scène internationale par l’attraction et la persuasion plutôt que par la coercition ».
Seul 3 pays africains dans le Top 50 : l’Egypte, l’Afrique du Sud et le Maroc
Sur le continent africain, l’influence mesurée reste globalement faible. Seuls trois pays africains figurent dans le Top 50 mondial : l’Égypte se classe en tête à la 40ᵉ place mondiale, conservant un score de soft power supérieur à la moyenne régionale grâce à ses atouts historiques, culturels et diplomatiques. L’Afrique du Sud arrive à la 43ᵉ position, malgré une légère baisse dans certains indicateurs économiques qui pèsent sur sa perception globale. Le Maroc se maintient à la 50ᵉ place, restant le pays le mieux classé du Maghreb et la troisième puissance soft du continent. Ces positions montrent une fracture nette entre l’Afrique et les grandes puissances mondiales, mais aussi une certaine dynamique pour quelques États sous‑régionaux.
Des nations comme celles des Émirats arabes unis, qui se maintient à la 10ᵉ place mondiale, démontrent que des stratégies de soft power bien articulées peuvent compenser des désavantages structurels

Selon Brand Finance, la perception générale de nombreux pays a décliné face à l’incertitude économique persistante, aux tensions géopolitiques et aux pressions sociales. Dans ce contexte, des nations comme celles des Émirats arabes unis, qui se maintient à la 10ᵉ place mondiale, démontrent que des stratégies de soft power bien articulées peuvent compenser des désavantages structurels. L’indice montre que l’influence ne découle pas seulement de la taille de l’économie, mais aussi de la manière dont un pays est perçu en termes de culture, d’innovation, de gouvernance et d’ouverture internationale.
Pour les pays africains, l’intégration régionale, le développement culturel, l’éducation et la communication de leurs atouts constituent des leviers potentiels. Cependant, des perceptions fragiles de la gouvernance, des défis économiques persistants et des limitations institutionnelles freinent encore leur capacité à rayonner au‑delà des frontières régionales. Brand Finance souligne que le soft power influe directement sur la capacité d’un pays à attirer les investissements étrangers, à stimuler le tourisme, à renforcer les partenariats internationaux et à peser dans les forums multilatéraux. Dans un environnement global où les grandes puissances rivalisent pour attirer les talents, promouvoir leurs cultures et influencer l’agenda international, figurer dans le Top 50 du Global Soft Power Index confère un avantage compétitif concret.
Une tendance émergente : l’Afrique n’est plus absente des conversations sur le soft power

L’enjeu est particulièrement important pour l’Afrique, où la jeunesse constitue une force démographique majeure mais où la visibilité internationale reste limitée malgré des richesses culturelles significatives. Les perceptions économiques de nombreux pays africains sont souvent inférieures à celles de grandes économies émergentes ou développées, ce qui impacte la confiance des partenaires internationaux. De même, la capacité institutionnelle à élaborer et mettre en œuvre des stratégies coordonnées de marque pays est encore en développement dans plusieurs États.
Cependant, certains pays africains montrent des trajectoires intéressantes en dehors du Top 50. Le Nigeria se positionne autour de la 70ᵉ place mondiale, tandis que le Kenya, la Tanzanie, le Ghana ou Maurice figurent dans le Top 100 mondial, ce qui indique une diversification et un élargissement progressif de l’influence africaine. Ces progrès, bien que modestes à l’échelle globale, illustrent une tendance émergente : l’Afrique n’est plus absente des conversations sur le soft power, même si son influence reste loin derrière celle des grandes puissances.
L’enjeu pour les décideurs africains pourrait être d’articuler des stratégies de soft power coordonnées, intégrant culture, éducation, innovation, diaspora et coopération régionale. Cela passe par une communication consolidée de leurs réussites, une valorisation de leurs institutions éducatives et culturelles, et une participation accrue aux réseaux internationaux de coopération. Une telle démarche peut non seulement améliorer leur classement dans les classements mondiaux, mais aussi renforcer leur capacité à attirer des investissements, à promouvoir leurs cultures et à peser davantage dans les débats internationaux.
Pour l’heure, l’indice 2026 confirme que, malgré des progrès isolés, l’influence globale de l’Afrique reste en retrait par rapport aux grandes puissances mondiales. Le continent dispose néanmoins de nombreux atouts inexploités qui, s’ils sont mobilisés stratégiquement, pourraient améliorer sa position dans les années à venir.
Consulter le rapport : Global Soft Power Index 2026



