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Fela Kuti, le roi de l’afrobeat, enfin, mondialement reconnu

Trente ans après sa disparition, Fela Kuti devient le premier Africain à recevoir un Grammy Award posthume, célébrant un héritage musical et politique qui a façonné l’afrobeat et inspiré des générations d’artistes à travers le monde.

Le 31 janvier 2026, Fela Kuti a été honoré à Los Angeles, à la veille de la cérémonie des Grammy Awards, devenant ainsi le premier artiste africain à recevoir cette distinction à titre posthume.

 Le « Black President »

Né en 1938 à Abeokuta, au Nigeria, Fela Aníkúlápó Kuti est rapidement devenu une figure emblématique de la musique africaine et de l’activisme politique. Multi-instrumentiste hors pair et compositeur prolifique, il a inventé dans les années 1970 l’afrobeat, un style mêlant rythmes africains traditionnels, jazz et funk, qui allait influencer la musique mondiale et donner naissance, plusieurs décennies plus tard, à l’afrobeats moderne.

Fela Kuti n’était pas seulement un musicien : il était un militant engagé, surnommé le « Black President » pour sa critique acerbe des régimes militaires nigérians et son combat pour la justice sociale. Ses chansons longues et percutantes, comme Zombie (1976), dénonçaient ouvertement la corruption et l’oppression, ce qui lui valut de nombreuses arrestations et persécutions de la part des autorités.

Au-delà de sa carrière musicale, Fela a bâti un héritage familial et artistique solide. Ses fils, Femi Kuti et Seun Kuti, ainsi que son petit-fils Made Kuti, poursuivent aujourd’hui son œuvre et défendent les valeurs de l’afrobeat dans le monde entier. « Cette reconnaissance qui survient à ce moment où nous sommes présents tous les trois, c’est un sentiment formidable », a confié Made Kuti, évoquant le Grammy Award posthume attribué à Fela. « C’est formidable que nous continuions tous les trois à pratiquer l’afrobeat et à faire vivre cet héritage autant que possible. »

Une célébration pour le peuple africain

Parmi les autres lauréats, on retrouvera des icônes internationales telles que Cher, Carlos Santana ou Chaka Khan. Selon la famille Kuti, cette distinction n’est pas seulement un hommage personnel mais « une célébration pour le peuple africain », comme l’a rappelé Yemisi Ransome-Kuti, cousine germaine de Fela : « Il devrait la considérer comme sa propre récompense. Un autre Africain est mis à l’honneur. » Elle ajoute : « Je suis sûre qu’il aurait dit : ‘Mieux vaut tard que jamais.’ »

Son manager historique, Rikki Stein, estime que ce Grammy posthume apportera « un nouvel élan à la musique de Fela. Un nombre croissant de personnes qui n’étaient même pas nées à sa mort manifestent de l’intérêt pour sa musique et, je l’espère, pour son message. »

Fela Kuti a marqué la scène musicale mondiale avec plus de 50 albums, chacun témoignant de son engagement politique et de sa créativité sans limites. Son influence se retrouve aujourd’hui chez des artistes internationaux tels que Beyoncé, Paul McCartney ou Thom Yorke, et sur la scène nigériane contemporaine, où l’afrobeats moderne perpétue ses rythmes et sa force d’expression.

Une voix résolument libre

Fela Kuti est également reconnu pour son rôle de pionnier social : il a créé le Kalakuta Republic, un complexe qui servait à la fois de domicile, de studio et de centre communautaire, symbole de son indépendance et de sa résistance face aux autorités. À travers ses textes, ses concerts et son style de vie, il a offert à l’Afrique une voix résolument libre, affirmant que l’art et la politique peuvent se conjuguer pour transformer la société.

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