Ghana : une réforme du code minier qui suscite espoir et inquiétude
Alors que le Ghana, premier producteur d’or d’Afrique et sixième mondial, s’apprête à réviser son code minier pour capter davantage de revenus dans un contexte de hausse des prix de l’or et de pression fiscale, le débat soulève des enjeux économiques majeurs autour de compétitivité, d’investissement et de croissance locale.
Le Ghana est l’un des principaux acteurs mondiaux de l’extraction aurifère. La production d’or représente un pilier central de son économie : en 2024, le pays a exporté environ 11,6 milliards de dollars d’or, soit une forte augmentation par rapport à 2023, positionnant l’or comme plus de la moitié des recettes d’exportation du Ghana.
Un gouvernement en quête de revenus accrus
Fin janvier 2026, Accra a annoncé l’intention de revoir en profondeur son code minier vieille de plus d’une décennie. Le gouvernement propose de relever les redevances minières actuellement comprises entre 3 % et 5 % à un niveau allant de 9 % à 12 %, en fonction des cours mondiaux de l’or, qui ont connu une hausse spectaculaire de plus de 65 % en 2025.
Selon Isaac Andrews Tandoh, directeur général par intérim de la Commission des minéraux, cette réforme vise à permettre à l’État de mieux capter une part plus équitable de la richesse générée par l’exploitation des ressources du pays. « Depuis 2014, nous avons une politique qui n’a pas été révisée », a‑t‑il expliqué, rappelant la nécessité d’actualiser le cadre réglementaire pour refléter les nouvelles réalités du marché.
Entre recettes minières et pression publique
Dans ce contexte de prix élevés de l’or, les exportations via le secteur artisanal et petite échelle ont explosé, avec plus de 8 milliards de dollars de revenus générés au 15 octobre 2025 par les mineurs artisanaux et petits exploitants via la Ghana Gold Board (GoldBod), l’entité publique centralisant l’achat et l’exportation de l’or artisanal.
Mais cette réforme intervient alors que le pays fait face à une pression fiscale accrue. À la fin de 2025, la dette publique du Ghana s’élevait à environ 684,6 milliards de cedis, soit près de 55,1 milliards de dollars, faisant du pays l’un des plus gros débiteurs africains auprès du FMI et poussant les autorités à intensifier les efforts pour stabiliser les finances publiques.
Parallèlement, le gouvernement estime que les recettes d’exportation d’or ont atteint environ 10,5 milliards de dollars l’an dernier, un chiffre qui pourrait encore croître avec les réformes et l’envolée des cours.
Réactions des acteurs et risques pour l’investissement
Les propositions de réforme suscitent des réactions contrastées sur le plan économique. Wisdom Gomashie, consultant minier, estime que « la réflexion du gouvernement est juste », mais avertit que « l’approche ne doit pas être draconienne », craignant que des hausses trop abruptes n’incitent certains investisseurs à se tourner vers des régimes fiscaux plus attractifs dans des pays voisins.
Du côté des opérateurs miniers, représentés par la Chambre des mines du Ghana, la crainte est que des redevances trop élevées puissent nuire à la compétitivité du pays. Kenneth Ashigbey, directeur général de l’association, appelle à trouver un « juste milieu, où le gouvernement s’assure des revenus durables tandis que l’industrie peut continuer à se développer, réinvestir et profiter de prix élevés de l’or ».
En outre, certains mécanismes fiscaux appliqués actuellement — une redevance de 5 % sur le chiffre d’affaires brut, une taxe de 3 % pour la croissance et la durabilité, une participation gratuite de l’État de 10 % et un impôt sur les sociétés de 35 % — sont déjà perçus par certains acteurs comme une charge relativement lourde.
Une opportunité pour formaliser le secteur artisanal
Outre les grandes compagnies minières internationales qui dominent l’extraction à grande échelle, le Ghana tente aussi de reprendre le contrôle du secteur artisanal et informel — qui assure entre un tiers et la moitié de la production aurifère. En avril 2025, le gouvernement a conféré à la Ghana Gold Board (GoldBod) le monopole de l’achat et de l’exportation de l’or artisanal, dans le but de réduire la contrebande, d’améliorer la traçabilité et d’augmenter les recettes en devises étrangères.
Cette stratégie vise non seulement à formaliser davantage l’économie minière, mais aussi à renforcer la transparence des transactions et la redistribution des profits dans les communautés locales.
Une réforme au cœur des enjeux de développement
La révision du code minier ghanéen s’inscrit dans un mouvement plus large observé sur le continent, où plusieurs pays — du Mali à la Tanzanie ou la République démocratique du Congo — ont déjà entrepris des réformes similaires pour mieux capter la valeur générée par les matières premières et les ressources stratégiques.
À Accra, les autorités affirment que l’objectif n’est pas d’éloigner les investisseurs, mais de créer un environnement plus équitable où l’exploitation minière profite à l’économie nationale sans pour autant sacrifier l’attractivité du pays pour les capitaux étrangers. Le défi consiste à trouver un équilibre entre recettes publiques, compétitivité institutionnelle et croissance du secteur privé, dans un moment où l’or occupe une place stratégique au sein de l’économie ghanéenne et mondiale.



