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Hugues Mbadinga Madiya : “Et si l’Afrique construisait son propre marché minier intégré ?”

Que se passerait-il si les pays africains décidaient d’agir ensemble ? Autrement dit, un marché minier africain est-il possible? La question que soulève Hugues Mbadinga Madiya, économiste, ancien ministre gabonais, Fondateur et DG de GAKHO Consulting dans cette tribune.

Par Hugues Mbadinga Madiya*

Un marché minier africain intégré, qu’est-ce que cela signifie ? Il s’agirait d’un cadre commun où les pays producteurs harmonisent leurs codes miniers, alignent leurs politiques fiscales, définissent des standards africains de transformation locale, coordonnent leurs négociations internationales et optimisent leurs corridors logistiques transfrontaliers.

Cette idée n’est pas une utopie :  les minéraux critiques peuvent devenir la matrice d’une souveraineté africaine nouvelle

Cette idée n’est pas une utopie. D’autres régions l’ont déjà expérimentée, à l’image des pays européens qui ont créé en 1951 la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA), une étape déterminante dans le processus d’intégration européenne. Tout comme le charbon a été le socle de cette intégration, les minéraux critiques peuvent devenir la matrice d’une souveraineté africaine nouvelle. Dans ce contexte, la mise en commun des stratégies nationales devient essentielle.

Un marché minier africain intégré offrirait des avantages considérables. Il renforcerait le pouvoir de négociation du continent, attirerait des investissements industriels de long terme, permettrait de développer des fonderies, des raffineries et des usines régionales, sécuriserait les infrastructures logistiques et permettrait de capter une part beaucoup plus importante de la valeur ajoutée. L’Afrique passerait ainsi du statut de simple fournisseur de matières premières à celui d’acteur stratégique pleinement intégré dans les chaînes de valeur mondiales.

Les pays africains disposent aujourd’hui d’une fenêtre unique pour tirer profit de la transition énergétique et numérique mondiale

Le moment pour agir est particulièrement opportun. Les pays africains disposent aujourd’hui d’une fenêtre unique pour tirer profit de la transition énergétique et numérique mondiale. La demande mondiale explose et les chaînes de valeur se réorganisent. Il est crucial de mettre en place des politiques économiques à la fois réalistes et ambitieuses, permettant de mieux positionner les différents pays dans la construction des chaînes de valeur mondiales. Cela passe par la transformation industrielle et une montée en gamme progressive. Dans ces conditions, une vision collective s’impose. La fenêtre d’opportunité est bien réelle. Les pays africains producteurs de minerais critiques ne doivent pas rater ce tournant historique, à l’instar du boom pétrolier des années 1960-1970.

Sur le plan institutionnel, ces pays pourraient s’organiser pour créer une Association Africaine des Pays Producteurs de Minerais (AAPM). À l’image de ce que l’OPEP a représenté pour le pétrole, une telle association pourrait devenir un instrument de souveraineté économique, capable d’influencer les conditions du marché et d’orienter les chaînes de valeur.

*Hugues Mbadinga Madiya, économiste Gabonais, est Fondateur et DG de GAKHO Consulting et ancien ministre gabonais (2019‑2023) ayant dirigé plusieurs portefeuilles clés, dont Commerce, Transports et Investissements.

Panafricaniste convaincu, il est également auteur de plusieurs ouvrages sur le développement et l’intégration financière en Afrique.

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