Success story : Vincent Dakuyo, la terre en héritage et les femmes en moteur de performance
Fils et petit-fils d’agriculteurs au Burkina Faso, Vincent Dakuyo n’a jamais quitté la terre, même lorsque les études et les opportunités l’invitaient ailleurs. Fondateur de CABRE SA, il a transformé un héritage rural en un modèle agro-industriel structuré, inclusif et rentable. En plaçant les femmes au cœur de son dispositif productif, il démontre qu’en Afrique, l’agriculture familiale, modernisée et organisée, peut devenir un puissant levier de création de valeur, de résilience et de souveraineté alimentaire.
Chez Vincent Dakuyo, l’agriculture n’est ni un slogan ni une reconversion opportuniste. C’est une histoire de famille, de territoire et de responsabilité. « Je suis né dedans. Mon père était agriculteur, mes grands-parents aussi. Je n’ai jamais imaginé ma vie loin de la terre », confie-t-il. Huit enfants à la maison, uniquement des filles avant lui : en tant que premier garçon, il grandit avec la conviction qu’il devra un jour soutenir les siens.
Je n’ai jamais vraiment choisi l’agriculture, elle s’est imposée à moi… Et j’aime ça
S’il poursuit des études universitaires jusqu’à l’obtention d’une maîtrise, le retour au village ne fait jamais débat. « Même après mes études, je ne me voyais pas rester en ville. J’étais trop attaché à la terre », explique-t-il. Très tôt, il tente des initiatives agricoles, teste, expérimente, vend les excédents. « C’était presque instinctif. Je n’ai jamais vraiment choisi l’agriculture, elle s’est imposée à moi. Et j’aime ça, j’aime la terre… »
J’ai compris que produire ne suffisait plus. Il fallait structurer, moderniser, penser l’agriculture comme une entreprise
Le véritable déclic survient en 2005, lorsqu’il participe à une formation en entrepreneuriat agricole, alors qu’il travaille comme consultant, notamment avec la GIZ. « J’ai compris que produire ne suffisait plus. Il fallait structurer, moderniser, penser l’agriculture comme une entreprise. » Fluctuations des prix, stocks invendus, marchés manqués… Une question devient alors évidente : pourquoi ne pas transformer localement ?
En 2020, le projet industriel prend forme. Vincent Dakuyo modifie les statuts de l’entreprise et engage un investissement ambitieux, estimé à près de 890 millions de FCFA. Il mobilise ses propres économies et se lance seul dans la prospection des fournisseurs, en Turquie et en Chine. « J’ai fait mon business plan moi-même. J’ai tout analysé, étape par étape. »
L’aventure industrielle est rude. Les investissements dépassent rapidement le milliard de FCFA. Les crédits bancaires sont difficiles à obtenir. Puis survient la pandémie de Covid-19. « Les machines n’arrivaient pas, mais il fallait déjà commencer à rembourser. Heureusement, ma banque m’a soutenu. » Les équipements sont finalement livrés fin 2021, permettant un démarrage effectif de la transformation en 2022.
Au cœur du modèle CABRE SA, un choix assumé : miser sur les femmes
Au cœur du modèle CABRE SA, un choix assumé : miser sur les femmes. « Dans nos zones, ce sont les femmes qui portent les cultures vivrières. L’agriculture, chez nous, c’est d’abord les femmes. » Aujourd’hui, l’entreprise travaille avec 34 coopératives, regroupant plus de 3 000 producteurs, dont environ 1 800 femmes, réparties dans une trentaine de villages et spécialisées par filière.
Pour Vincent Dakuyo, la coopérative est une clé stratégique. « Aucune structure ne finance des producteurs non formalisés. La coopérative permet l’accès au financement et compense l’absence de titres fonciers, surtout pour les femmes. » Son constat est sans appel : « Les femmes sont plus organisées, plus régulières, plus fiables. Les taux de remboursement sont meilleurs. »
Cette confiance se traduit aussi en interne. « Mes collaborations les plus solides sont avec des femmes. Certaines sont avec moi depuis plus de sept ans. Il y a une fidélité et un sens des responsabilités remarquables. » Résultat : près de 2 millions d’euros de chiffre d’affaires, générés grâce à un modèle fondé sur le financement, l’équipement, l’accompagnement et la transformation locale.
Le changement climatique nous oblige à faire autrement. Il faut accepter que l’environnement a changé et adapter nos modes de production
Mais l’entrepreneur reste lucide sur les défis à venir. « Le changement climatique nous oblige à faire autrement. Il faut accepter que l’environnement a changé et adapter nos modes de production. » Chaque année, CABRE SA investit dans la formation des producteurs, la gestion des sols, les techniques de conservation. « La technologie est essentielle, mais encore difficilement accessible. Même des outils simples, comme mesurer l’humidité d’un grain, ne sont pas à la portée de tous. »
Son message est clair, sans détour : « Ce qui manque aujourd’hui, c’est l’investissement. D’abord, investir dans la formation.»
À travers son parcours, Vincent Dakuyo incarne une agriculture africaine enracinée, modernisée et tournée vers l’avenir, où le capital féminin devient un véritable moteur de performance durable.



