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Seyimi Ahouandogbo : “Financer l’agriculture africaine, c’est d’abord structurer et comprendre les réalités locales”

Banquier d’affaires franco-béninois, Seyimi Ahouandogbo accompagne les projets africains pour lever des fonds auprès d’investisseurs internationaux. Dans cette interview, il revient sur les freins et les opportunités du financement agricole en Afrique, l’importance de la structuration, et le rôle central des femmes dans le secteur.

Quels sont les principaux freins au financement en agriculture ?

Il y a plusieurs points. Le premier, c’est le cycle agricole. Investir aujourd’hui pour récolter plus tard crée un décalage avec les banques et investisseurs, qui veulent un rendement immédiat. Le deuxième frein, ce sont les garanties. Souvent, les projets sont sur des terres non titrées. Sans foncier comme sûreté, les banques hésitent. Enfin, il y a la structuration . Beaucoup de projets intéressants n’ont pas de société, pas d’états financiers. Les financiers ne peuvent pas évaluer leur viabilité. Il manque aussi le regroupement des petits projets, ce qui les rend moins attractifs.

Comment rendre l’agriculture africaine plus attractive pour les investisseurs, y compris internationaux ?

C’est avant tout parler le langage de l’investisseur. Même si l’activité est informelle, il faut montrer qu’il y a des flux, des clients, des circuits, un processus fiable de vente et de stockage. L’agriculture est rentable et prévisible si on peut le démontrer. J’ai acheté des terrains inutilisés. Un voisin plante du teck dessus. Je gère tout, il reçoit une part des revenus. C’est concret, local, ça valorise les terres et génère des revenus.

Les femmes connaissent plus de difficultés à accéder aux financements. Pourquoi et quelles sont les solutions ?

Les femmes sont au cœur de l’agriculture. Elles remboursent bien, anticipent les problèmes, sont de très bonnes gestionnaires. Mais elles ont souvent peu d’accès au foncier et à l’information sur les financements. Il faut sensibiliser, former et informer les femmes rurales sur les possibilités de financement via coopératives, subventions ou fonds alternatifs. L’accès à l’information est un levier clé pour leur permettre de croître.

Quels sont les mécanismes, existants ou à créer pour financer efficacement l’agriculture africaine ?

Les fonds alternatifs et à impact. Des fonds qui collectent de l’argent de la diaspora ou prêtent à des projets de 50 000 à 1 million d’euros, favorisant l’emploi, les femmes et les zones rurales. Ils adaptent les conditions aux réalités locales, par exemple en achetant directement le matériel et en le louant aux producteurs.

Mais il reste nécessaire d’agir, même à petite échelle, pour apprendre et structurer. Il faut se lancer, commencer petit, formaliser les projets et montrer que l’agriculture est rentable et finançable. C’est le concret qui attire les investisseurs.

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