CAN Maroc 2025 : quand l’économie explique (aussi) les résultats sportifs
Dans cette tribune, Blaise-Henri N’DIA analyse la CAN 2025 sous un angle inédit : économique et social. Selon lui, le football africain ne se joue pas seulement sur le terrain, mais aussi grâce à la force des économies nationales qui financent préparation, infrastructures et compétitivité.
Par Blaise-Henri N’DIA*
En regardant la CAN comme d’un point de vue économique, un constat s’impose : ce tournoi n’oppose pas seulement des équipes, mais des performances économiques et sociales.
Le poids global de la compétition
Les 24 pays de la CAN représentent :
– environ 85 % du PIB africain
– pour seulement ≈ 68 % de la population du continent
La CAN n’est donc pas une photo fidèle de l’Afrique démographique, mais une vitrine de l’Afrique productive
La CAN n’est donc pas une photo fidèle de l’Afrique démographique, mais une vitrine de l’Afrique productive.
D’ailleurs :
– 7 des 10 pays les plus riches d’Afrique (dont les 5 premiers) sont présents,
– 9 des 10 pays les plus peuplés participent également.
Sur un tournoi long, le PIB est une moteur de performance. Les économies capables de financer détection, préparation, qualifications, infrastructures et participation partent avec un avantage structurel.
Cas emblématique :
Le groupe B (Égypte, Afrique du Sud, Angola, Zimbabwe) est le plus riche économiquement, il concentre 33,5% du PIB africain pour 15 % de la population, avec le PIB/habitant le plus élevé du tournoi (4 330 USD).
À lui seul, ce groupe pèse plus que les groupes A, D, E et F réunis.
À l’inverse :
Le groupe D est le plus faible économiquement : seulement 4,9% du PIB africain pour plus de 9 % de la population, soit 1 490 USD par habitant. Ce faible niveau global de PIB/hab. est fortement tiré vers le bas par la RD Congo.
La CAN favorise les économies résilientes, pas les économies sous tension
Parmi les 4 pays avec un PIB/hab supérieur à 5 000 USD, 3 sont éliminés (Botswana, Guinée équatoriale, Gabon). La répartition réelle des richesses et l’intérêt pour le football peuvent expliquer ces contre-performances.
À l’inverse, tous les pays avec un PIB/hab compris entre 2 000 et 5 000 USD, en dehors de l’Angola, sont qualifiés pour le tour suivant (Maroc, Égypte, Nigeria, Algérie, Côte d’Ivoire).
Dans certains groupes, l’écart PIB max / PIB min dépasse x30. Pour le PIB/habitant, l’écart atteint x14.
Les économies faibles à la fois démographiquement et économiquement cumulent les handicaps. La CAN favorise les économies résilientes, pas les économies sous tension.
Sur le terrain comme dans l’économie : la structure bat la masse
La CAN est une allégorie du développement africain :
L’Afrique gagnera par la productivité, pas par la démographie.
Le football révèle ce que les statistiques macro disent déjà.
Sur le terrain comme dans l’économie : la structure bat la masse.
La vraie CAN africaine se joue entre qualité, organisation et soutenabilité.
Le tirage au sort sportif compte presque autant que les indicateurs économique.
* Blaise-Henri N’DIA est Directeur Adjoint Qualité, Études et Organisation à l’IPS, Caisse Nationale de Prévoyance Sociale en Côte d’Ivoire
Cette tribune reflète l’opinion de son auteur et la responsabilité des informations et analyses présentées incombe exclusivement à celui-ci.



