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Ghana : le riz, levier stratégique de l’indépendance économique

Le Ghana renforce sa filière rizicole pour réduire sa dépendance aux importations et renforcer sa sécurité alimentaire. Entre production locale en hausse, consommation croissante et enjeux économiques, le riz devient un pilier stratégique du développement agricole et industriel du pays.

Par Esther Bagourdo, à Accra

Dans un contexte marqué par la recherche de souveraineté alimentaire, le Ghana consolide sa stratégie agricole autour d’un produit emblématique : le riz. Du 20 au 23 décembre 2025, Accra a accueilli la Ghana Rice Rising Fair, un événement d’envergure consacré à la promotion du riz local et à la structuration d’une chaîne de valeur nationale.

Organisée par la Chamber of Agribusiness Ghana, en partenariat avec le Ministry of Trade, Agribusiness and Industry, et avec le soutien de la Ghana Commodity Exchange (GCX) et de la John Agyekum Kufuor Foundation, la foire s’inscrit dans une dynamique plus large de transformation économique.

Longtemps dépendant des importations, le Ghana a choisi de faire du riz un pilier stratégique de son développement agricole et industriel. La foire a servi de vitrine aux producteurs locaux, transformateurs, distributeurs et investisseurs, tout en sensibilisant les consommateurs à la qualité et à la compétitivité du riz ghanéen. Plusieurs milliers de sacs de riz local ont été écoulés en quelques jours, témoignant d’un intérêt croissant des ménages, notamment à l’approche des fêtes de fin d’année.

Production locale et importations : un équilibre fragile

Selon les données de l’USDA, la consommation de riz au Ghana devrait atteindre 1,8 million de tonnes métriques pour la campagne 2025/26, en hausse par rapport à 1,75 million la saison précédente, stimulée par la croissance démographique et l’urbanisation. La production locale devrait s’élever à environ 900 000 tonnes métriques, soit près de la moitié des besoins, marquant une progression d’environ 18 % par rapport à la saison précédente. Cependant, le Ghana reste fortement dépendant des importations, qui devraient atteindre 1 million de tonnes métriques sur la même période, principalement en provenance du Vietnam, de l’Inde et de la Thaïlande.

Les importations représentent une charge économique importante. En 2023, le Ghana a dépensé près de 197,5 millions de dollars pour le riz importé, soit environ 11 % de sa facture totale d’importations alimentaires. Cette dépendance expose le pays aux fluctuations des prix internationaux et aux variations des taux de change, soulignant l’importance d’une production locale robuste et compétitive.

Structuration de la filière et défis à relever

La Ghana Rice Rising Fair a aussi mis en lumière les efforts du pays pour professionnaliser l’ensemble de la filière : amélioration des rendements, mécanisation, stockage, transformation, accès aux marchés et transparence des prix grâce à la GCX. Ces actions visent à créer des emplois durables, renforcer les revenus des agriculteurs et attirer les investissements locaux et internationaux.

Malgré ces progrès, plusieurs défis subsistent. L’accès limité à l’irrigation, la faible mécanisation, les capacités de transformation insuffisantes et la préférence des consommateurs pour le riz importé freinent la compétitivité du riz local. Selon l’USDA, 70 % du riz consommé au Ghana est importé, ce qui souligne la nécessité de stratégies ciblées pour valoriser la production nationale et répondre aux exigences des marchés urbains et internationaux.

Objectifs et vision stratégique

Le gouvernement ghanéen, à travers des programmes comme Planting for Food and Jobs et le National Rice Development Strategy II (NRDS II), vise à atteindre l’autosuffisance en riz d’ici 2028. L’accent est mis sur l’adoption de semences améliorées, l’extension de l’irrigation, l’utilisation de technologies agricoles modernes et le renforcement de la transformation locale. Ces mesures sont conçues pour stabiliser l’offre, réduire la dépendance aux importations et stimuler l’investissement privé dans le secteur agro-industriel.

L’événement Ghana Rice Rising Fair illustre l’ampleur de ces efforts. Il ne s’agit pas seulement d’une foire commerciale, mais d’un signal fort envoyé aux producteurs, consommateurs et investisseurs : le Ghana s’engage à faire du riz un secteur compétitif, structuré et tourné vers l’avenir.

Un exemple pour l’Afrique

La stratégie ghanéenne s’inscrit dans une dynamique panafricaine. De nombreux pays africains font face à la même tension entre consommation croissante et production locale insuffisante. Les expériences réussies, comme celle du Ghana, montrent que combiner soutien technique, innovation agricole et partenariats public-privé peut permettre de renforcer la sécurité alimentaire tout en développant des chaînes de valeur compétitives et inclusives.

La production locale de riz n’est donc pas seulement un enjeu agricole, mais un levier économique et stratégique pour le Ghana et pour l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest. Les efforts pour professionnaliser la filière, moderniser les infrastructures et développer le marché intérieur démontrent que le pays entend transformer ses ressources agricoles en moteur de croissance durable, tout en réduisant sa vulnérabilité face aux fluctuations des marchés internationaux.

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