Ibrahim Mahama : qui est l’artiste ghanéen devenu le premier Africain à dominer la Power 100 ?
L’artiste contemporain ghanéen Ibrahim Mahama a inscrit son nom dans l’histoire de l’art en devenant le premier Africain à figurer en tête du classement Power 100 d’ArtReview, l’un des palmarès les plus prestigieux du monde artistique. Retour sur le parcours d’un créateur engagé, dont les installations monumentales et les projets institutionnels changent le paysage de l’art contemporain au Ghana et au‑delà.

Né en 1987 à Tamale, au Ghana, Ibrahim Mahama est aujourd’hui considéré comme l’une des voix les plus influentes de l’art contemporain mondial. Après avoir étudié la peinture et la sculpture à l’université Kwame Nkrumah University of Science and Technology (KNUST) à Kumasi, il s’est fait connaître par des œuvres monumentales qui interrogent l’histoire, le travail, l’économie globale et les héritages coloniaux.
Le 4 décembre 2025, Mahama a été classé numéro 1 de la Power 100 d’ArtReview, une liste annuelle établie par un jury international d’experts qui recense les personnalités et institutions ayant le plus marqué le monde de l’art contemporain au cours de l’année. Il grimpe ainsi de la 14ᵉ place en 2024 à la première place en 2025, une progression sans précédent pour un artiste africain.
« Pour moi, faire partie de cela, surtout en venant d’un pays comme le Ghana, qui pendant de nombreuses années semblait presque absent du débat, est extrêmement humble », a confié Mahama à propos de cette reconnaissance historique, rappelant combien sa réussite personnelle est chargée de symbolisme pour les artistes africains.
Un artiste de matière et de mémoire

La pratique de Mahama est marquée par l’utilisation de matériaux récupérés — sacs de jute, textiles usagés, lits d’hôpital ou wagons de train désaffectés — qu’il transforme en installations spectaculaires. Ces matériaux ne sont pas choisis au hasard : ils sont souvent liés aux dynamiques commerciales, à l’exploitation du travail ou aux réseaux d’échange mondiaux, notamment ceux qui ont façonné l’histoire économique du Ghana.
Ses œuvres ont été exposées dans des lieux prestigieux sur plusieurs continents, y compris au Fruitmarket Gallery d’Édimbourg, où Songs About Roses a exploré l’histoire des chemins de fer construits par le colonialisme britannique, et au Barbican Centre à Londres, où il a drapé une gigantesque toile rose de 2 000 m² sur la façade du bâtiment.
Un bâtisseur d’écosystèmes artistiques
Au‑delà de son travail plasticien, Mahama s’est imposé comme créateur d’institutions culturelles. Grâce aux revenus générés par ses ventes, il a investi dans la création d’espaces dédiés à l’art et à la formation dans sa ville natale de Tamale : le Savannah Centre for Contemporary Art (SCCA), le Red Clay Studio et Nkrumah Volini. Ces structures servent de plateformes de résidence, de laboratoires de création, de lieux d’exposition, mais aussi d’ateliers pour jeunes artistes et de centres d’archives.
Cette démarche reflète une nouvelle dynamique dans le monde de l’art où les artistes ne sont plus seulement des créateurs individuels, mais des acteurs qui participent à la construction d’écosystèmes collectifs, capables de soutenir les talents locaux tout en dialoguant à l’échelle internationale.
La Power 100 2025 ne classe pas seulement des artistes, mais fait apparaître une tendance : l’art contemporain s’ouvre à de nouvelles géographies et de nouvelles manières de produire, diffuser et vivre l’art. En tête du classement, Mahama incarne cette diversité, aux côtés de figures influentes venues du Moyen‑Orient, d’Europe ou d’Asie. Sa présence en pole position est saluée comme un changement de paradigme, soulignant l’émergence d’un art global où la voix africaine occupe désormais une place centrale.
En plus de son influence artistique, Mahama reste attaché à l’enseignement et à la réflexion théorique : il poursuit un doctorat en peinture et sculpture à KNUST, illustrant ainsi la manière dont la création artistique peut se nourrir de l’académie et contribuer à transformer les discours culturels.
La consécration d’Ibrahim Mahama comme premier Africain à dominer la Power 100 est plus qu’un accomplissement personnel : c’est une reconnaissance collective de la vitalité de l’art africain contemporain, de son impact et de sa capacité à définir de nouvelles perspectives dans le monde de l’art.



